OPINION. « Le changement climatique s'accélère : les politiques publiques, elles, changent de cap »

Anne Duisabeau
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Par Anne Duisabeau, présidente de France Bois Forêt (*)
Le Président de la République a fixé l'objectif de planter un milliard d'arbres d'ici 2032. Le rapport gouvernemental Objectif Forêt appelle à renouveler environ 10 % de la forêt française. La Stratégie nationale bas-carbone fait de l'adaptation des forêts un levier majeur de la transition écologique et de la décarbonation de notre société. Ces ambitions de l’Etat sont également les nôtres car nous sommes persuadés que les changements climatiques sont trop brutaux pour que les forêts se passent de l’homme pour s’adapter.
Les forestiers, conscients depuis des années des changements en cours, sont à l’action. Les choix d'essences reposent désormais sur des outils scientifiques tels que ClimEssences ou BioClimSol. La diversification est devenue une réalité de terrain. Les propriétaires forestiers publics et privés, les gestionnaires, les pépiniéristes, les entreprises de travaux forestiers et exploitants investissent aujourd'hui pour préparer les forêts qui devront résister au climat de demain.
Sur ce point, il n'existe aujourd'hui aucun désaccord entre l'État et la filière forêt - bois.
Le problème n'est donc plus celui des objectifs. Le problème est celui des moyens donnés pour les atteindre.
Comment demander à une filière d'investir sur plusieurs décennies lorsque les règles changent tous les six mois ?
Le principal dispositif de soutien au renouvellement forestier, France Nation Verte, a été fermé en décembre 2025, rouvert en février 2026, puis de nouveau suspendu en juin. Entre-temps, le cahier des charges a été modifié à plusieurs reprises. Le 5 juin dernier, le ministre délégué à la Transition écologique a annoncé un moratoire sur son évolution jusqu'en 2028 afin de redonner de la visibilité aux opérateurs. Quelques semaines plus tard, la filière apprenait finalement que de nouvelles modifications interviendraient dès 2027, puis à nouveau en 2028.
Cette instabilité n'est pas une simple difficulté administrative, elle est mortifère pour la forêt de demain et produit déjà ses effets.
Les ventes de plants forestiers sont passées de 61 millions lors de la campagne 2023-2024 à 53,3 millions en 2024-2025, soit une baisse de plus de 12 % en un an. Pourtant, l'objectif présidentiel d'un milliard d'arbres à renouveler nécessiterait de planter près de 100 millions de plants par an.
Autrement dit, au moment même où la France devrait accélérer le renouvellement de ses forêts, le ministère envoie des signaux aux acteurs économiques qui conduisent à ralentir, voire stopper les investissements.
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Le même constat vaut pour la sécurisation juridique des travaux forestiers.
Depuis plusieurs années, la filière travaille avec les pouvoirs publics afin de concilier protection de la biodiversité et gestion durable des forêts. Malgré ce travail, les propriétaires, gestionnaires, entrepreneurs et exploitants continuent d'exercer leur métier sous la menace permanente de recours ou de poursuites pénales pour des travaux pourtant indispensables à l'adaptation des peuplements. Là encore, les objectifs sont partagés ; les outils permettant de les atteindre restent insuffisants.
Le paradoxe est désormais évident.
Jamais la forêt n'a occupé une place aussi importante dans les politiques publiques. Jamais les attentes à son égard n'ont été aussi fortes. Mais jamais les acteurs chargés de mettre en œuvre cette adaptation n'ont disposé d'aussi peu de stabilité.
L'adaptation d'une forêt se prépare sur plusieurs décennies. Elle exige des investissements lourds, des choix sylvicoles réfléchis et une confiance durable dans la parole publique.
Toute la filière demande les conditions permettant de mettre en œuvre une politique forestière dynamique pour des forêts résilientes : des financements stables, des règles lisibles et une véritable sécurité juridique pour les travaux forestiers.
Car le changement climatique ne nous laissera pas le temps de corriger demain les erreurs d'aujourd'hui.
La France ne manque ni d'ambition, ni de compétences, ni de forestiers engagés.
Elle ne doit pas laisser l'instabilité et la vision de court terme de ses politiques publiques devenir le principal frein à l'adaptation de ses forêts.
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(*) Anne Duisabeau est présidente de France Bois Forêt depuis juin 2024. Ingénieure diplômée de l’École Supérieure du Bois, avec un parcours dans l’industrie du bois, elle est fondatrice d’A&D Conseil et engagée de longue date dans la représentation de la filière bois.