OPINION. Mobilité électrique : « On n’achète pas une borne, on achète un écosystème de services »

Vianney Devienne
CARINA JOHANSEN

Vianney Devienne
CARINA JOHANSEN
Par Vianney Devienne, CEO de Zaptec France (*)
Depuis son adoption en 2019, la loi LOM pousse les entreprises à électrifier progressivement leurs flottes. Pour celles possédant plus de 100 véhicules, l’obligation est fixée à 20% de Véhicules à Faibles Émissions depuis 2024. Une nette accélération est à prévoir : ce seuil passera à 40% en 2027, et 70% en 2030.
Et qui dit véhicule électrique dit également infrastructure de recharge. Or, pour bon nombre d’entreprises, le choix des bornes électriques est encore souvent traité comme l’achat d’une simple prise électrique. De nombreux paramètres permettent pourtant d’éclairer la décision, que ce soit au niveau purement technique de l’installation (besoins de recharge du véhicule, puissance de raccordement) ou au niveau des services associés (modalités de maintenance, gestion des utilisateurs, optimisation de la recharge…). Ces paramètres sont d’autant plus importants que ce sont eux qui permettront d’infléchir, à terme, le TCO de l’infrastructure.
En réalité, quand on achète une borne de recharge, on n’achète pas une prise électrique mais tout un écosystème de services. Tour d’horizon de ces services qui font la différence aujourd’hui… et dans un futur très proche.
En matière de maintenance et de supervision, le principal enjeu aujourd’hui est de garantir une disponibilité maximale des bornes de recharge. Les mises à jour sont essentielles pour éviter que l’infrastructure devienne obsolète, que ce soit d’un point de vue réglementaire ou d’un point de vue de la performance. Le marché de la recharge électrique a en effet la spécificité d’innover très rapidement : il faut être en capacité de faire évoluer les bornes avec les technologies les plus récentes.
Pour cela, la technologie OTA (over-the-air) constitue un vrai atout : permettant la mise à jour et le diagnostic à distance, elle facilite grandement la maintenance et la supervision de l’infrastructure. En évitant le déplacement d’un technicien qui viendrait sur place mettre à jour chaque borne une par une, elle permet d’économiser des frais de maintenance importants.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Mises à jour régulièrement et supervisées à distance grâce à une remontée fiable et sécurisée de la donnée, les bornes connaissent un taux d’indisponibilité très faible : c’est ce qui fait la différence entre un parc qui tourne… et un parc qui génère de la frustration, côté utilisateurs et exploitants.
Quant au futur proche, nous allons vers des services de plus en plus prédictifs. Avec une maintenance basée sur la data, on sera bientôt capable d’anticiper un risque, de conseiller le remplacement d’un composant par prévention et ainsi, d’éviter la panne.
Les services de demain incluront aussi des recommandations automatiques d’optimisation du parc, une supervision de plus en plus unifiée à l’échelle de plusieurs sites ou pays, ainsi qu’une intégration poussée avec les outils de la GTB (Gestion Technique du Bâtiment) afin de toujours optimiser les coûts de la recharge.
Aujourd’hui, pour répondre aux besoins des entreprises, la plateforme doit distinguer la multiplicité des profils : collaborateurs avec leur voiture personnelle ou leur véhicule de fonction, visiteurs, pool de véhicules internes… Elle doit proposer des règles de gestion claires et lisibles pour chaque profil, qu’il s’agisse de l’accès aux bornes, de la tarification, de la refacturation entre employeur et salarié. Un salarié rechargeant son véhicule de fonction à domicile doit pouvoir refacturer ce coût à son employeur ; à l’inverse, un salarié rechargeant son véhicule personnel sur une borne de l’entreprise se verra facturé du montant de la charge.
Il faut donc pouvoir intégrer et connecter ensemble les outils qui gèrent les bornes de recharge, la comptabilité, les enjeux RH, le fleet management.
L’IA permettra d’aller vers des outils toujours plus prédictifs et plus personnalisés. Un transporteur, une commerciale itinérante, un livreur à la tournée prédictive ou variable… tous ces profils utilisateurs ont des besoins de mobilité différents. Demain, chacun se verra proposer une puissance et un type de charge adaptés, pour répondre à ses contraintes tout en allant chercher le prix de charge le plus économique. Une analyse fine de la data permettra d’améliorer constamment ce ratio entre besoin de mobilité et coût de la recharge.
L’écueil principal aujourd’hui, en matière de gestion d’énergie, est le surdimensionnement de l’infrastructure : beaucoup d’entreprises optent pour une puissance de raccordement élevée, afin de pouvoir charger tous les véhicules en même temps. Il en résulte naturellement un surcoût, d’abord au moment de l’installation, puis par la suite, l’abonnement étant lui aussi plus onéreux.
Il est pourtant facile d’éviter ce surcoût, en optant pour une puissance de raccordement plus faible et un pilotage intelligent : la gestion dynamique de la charge (ou DLM, pour Dynamic Load Management) est la clé de la performance énergétique… et du ROI. Le délestage consiste ainsi à baisser automatiquement la puissance de charge quand le bâtiment approche de sa limite de consommation. Le load balancing, quant à lui, permet de répartir la puissance entre les bornes quand plusieurs voitures se chargent en même temps. Il peut être plus ou moins dynamique : les modèles les plus performants sont capables d’adapter la puissance de charge au cas par cas (en fonction du chargeur embarqué, du niveau de charge de la batterie, des conditions climatiques). Résultat : avec la même puissance de raccordement, on peut recharger plus de véhicules, plus rapidement.
Ce pilotage intelligent est voué à devenir de plus en plus fin et flexible ces prochaines années. Avec les technologies vehicle-to-X (V2X), l’infrastructure de recharge deviendra ainsi un véritable actif énergétique du bâtiment. Celles-ci permettront à un véhicule électrique branché non seulement d’emmagasiner de l’énergie, mais aussi de réinjecter de l’électricité dans le réseau lors d’un pic de demande. Le véhicule deviendra ainsi un acteur du système énergétique et servira de batterie mobile pour alimenter le réseau électrique. Cette évolution s’accompagnera du développement d’algorithmes encore plus complexes pour tenir compte des variations du prix de l’électricité au fil de la journée
À la clé, des économies significatives : s’il n’existe pas encore d’étude de référence pour les flottes d’entreprises, on estime que pour un véhicule familial, un foyer français pourrait ainsi économiser 525€ par an*.
(*) Vianney Devienne est le directeur général de Zaptec France, entreprise norvégienne n°1 des bornes de recharge dans les pays nordiques. Expert dans l’industrie de la mobilité électrique depuis de nombreuses années, Vianney a notamment exercé à la tête du service commercial et marketing de Gireve, leader européen de l’intermédiation sur le secteur des nouvelles mobilités.