OPINION. « Investissements étrangers : après l’attractivité, l’exécution »

Guillaume Chiche
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Par Guillaume Chiche, Directeur du Développement territorial de Prologis France
Le Baromètre EY de l’attractivité de la France 2026 le confirme : pour la septième année consécutive, la France demeure la première destination européenne des investissements étrangers, avec 852 projets recensés en 2025 et près de 28 000 emplois générés.
Cette performance est le fruit d'un travail collectif engagé depuis plusieurs années par l'État, les collectivités et les acteurs économiques pour renforcer l'attractivité de notre pays.
Mais ce leadership entre aujourd’hui dans une phase plus exigeante. Les projets d’investissements étrangers annoncés en France ont reculé de 17 % en 2025. Si l’Hexagone reste en tête, force est de constater que la compétition se durcit. Les investisseurs comparent, arbitrent et orientent leurs capitaux vers les pays capables d’offrir un environnement lisible, stable et prévisible. C’est désormais sur cette capacité d’exécution que se joue la différence. L’attractivité ne se mesure pas uniquement à la capacité d’un pays à convaincre les investisseurs de le choisir, mais aussi à sa capacité à transformer cette confiance en réalisations concrètes.
De même, une annonce ne crée ni emplois, ni recettes fiscales : ce qui produit des effets économiques, ce sont les projets qui se concrétisent.
Ce sujet est d’autant plus central que les marges de manœuvre budgétaires de la France sont aujourd’hui limitées. Dans un contexte de déficit public élevé (5,1 % du PIB) et avec une dette proche de 116 % du PIB, la modernisation des infrastructures, de l’appareil productif et des territoires ne pourra reposer sur la seule dépense publique.
L’investissement productif privé — et notamment étranger lorsqu’il s’inscrit dans une logique de long terme — n’est pas un sujet périphérique : il devient un levier essentiel de croissance, de compétitivité et de développement des territoires.
Les investisseurs directs étrangers de long terme ne sont pas des capitaux de passage. Lorsqu’ils s’implantent durablement, ils construisent, modernisent, recrutent, achètent localement, paient des impôts, exportent, innovent et participent à la transformation des territoires. Aujourd’hui, les entreprises sous contrôle étranger représentent déjà 2,3 millions d’emplois, 17 % du PIB, 22 % de la R&D privée et 35 % des exportations industrielles. Elles ne sont plus à côté de l’économie française, mais en font partie intégrante.
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Mais sur le terrain, l'attractivité ne s’arrête pas lorsqu’un investisseur choisit la France. Elle commence réellement à ce moment-là. Elle se construit dans la capacité des territoires à accompagner les projets, à dialoguer avec les investisseurs, à donner de la visibilité sur les procédures, et à créer les conditions d'une exécution réussie.
C'est souvent cette qualité d'exécution qui fait aujourd'hui la différence entre deux destinations pourtant comparables.
Il ne faut pas confondre complexité et incertitude. En effet, tout grand projet industriel, logistique, énergétique ou immobilier suppose des études, des concertations et une instruction rigoureuse.
Les investisseurs de long terme savent travailler dans des environnements exigeants.
Ce dont ils ont besoin, ce n’est pas d’un pays sans règles. C’est d’un cadre lisible, stable et prévisible. Qui décide ? Sur quels critères ? Dans quels délais ? Avec quelle continuité ? C’est souvent là que se joue la différence entre un projet qui avance et un projet qui s’enlise.
Le capital ne manque pas toujours : ce qui fait parfois défaut, c’est la certitude qu’un investissement pourra être exécuté dans un cadre clair et maîtrisable. Dans une économie ouverte, cette certitude devient même un avantage compétitif à part entière.
Cette logique vaut tout particulièrement pour les infrastructures critiques. La crise sanitaire, les tensions géopolitiques, la transition énergétique et la recomposition des chaînes de valeur ont rappelé une évidence : la résilience d’un pays dépend aussi de la robustesse de ses infrastructures économiques. Énergie, numérique, eau, transport, immobilier productif, entrepôts : ces actifs sont parfois discrets, mais ils conditionnent la capacité des territoires à fonctionner, et celle des entreprises à produire pour que les citoyens accèdent aux biens et services essentiels.
La logistique en est une illustration. Longtemps considérée comme une fonction support, elle est aujourd’hui devenue une infrastructure stratégique au service de la résilience économique. Elle contribue à l’approvisionnement des commerces, des industries, des établissements de santé et des territoires, tout en accompagnant les enjeux de décarbonation, de proximité, de réindustrialisation et de transformation des chaînes d’approvisionnement.
Le Baromètre EY souligne d’ailleurs cette réalité : si le nombre de projets logistiques a reculé en 2025, les emplois qui leur sont associés ont progressé de 46 %. Cela illustre une réalité simple : lorsqu’un investissement se concrétise, il transforme du capital mobile en infrastructures durables, créatrices d’emplois et de valeur pour l’économie réelle.
Le vrai sujet n’est donc pas l’origine du capital. C’est son horizon de temps, son ancrage territorial et l’utilité économique de ce qu’il finance. Les investissements qui s’inscrivent dans la durée renforcent notre base productive, développent nos infrastructures critiques et créent durablement de la valeur pour le pays.
Au fond, la compétition internationale ne porte plus seulement sur la capacité à attirer les investissements, mais sur la capacité à les transformer rapidement en infrastructures, en emplois et en croissance durable.
L'attractivité ne se juge pas aux annonces. Elle se mesure aux projets réalisés. La France a démontré qu'elle savait attirer les investissements. Le défi est désormais de démontrer qu'elle sait les transformer en projets concrets.
C'est sur cette capacité d’exécution que se jouera son prochain avantage compétitif.
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Sources :
Données EY baromètre : France 1ère destination européenne pour la 7e année, 852 projets, près de 28 000 emplois, recul de 17 %, poids des entreprises sous contrôle étranger et les emplois associés à ces projets ont progressé de 46 % par rapport à 2024.
Les chiffres de déficit et de dette 2025 viennent de l’Insee : déficit public à 5,1 % du PIB et dette publique à 115,6 % du PIB
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(*) Guillaume Chiche a rejoint Prologis en novembre 2022. Basé à Paris, il accompagne les investissements et le développement de Prologis en France au sein de l’équipe Capital Deployment. Il contribue à créer les conditions favorables à la réalisation des projets de l’entreprise, en identifiant de nouvelles opportunités de développement, en facilitant les procédures administratives et en anticipant les évolutions réglementaires, en lien avec les décideurs publics nationaux et locaux. Avant de rejoindre Prologis, Guillaume Chiche a été député pendant cinq ans. Il a également été responsable des relations avec les actionnaires au sein d’une société d’immobilier logistique, après avoir exercé les fonctions de conseiller au cabinet du président de la Région Île-de-France. Il est titulaire d’un master en droit public de l’Université Paris Descartes.