OPINION. « La Chine à la recherche d’un nouveau modèle industriel »
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Mike O Sullivan
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Par Mike O’Sullivan, Chef Economiste de Moonfare
Pour la Chine, ce n’est pas un problème. En devenant toujours plus autocratique, elle dispose d’un mécanisme politique qui lui a bien servi : le Plénum, qui se réunit à sept reprises au cours du cycle quinquennal d’élaboration des politiques et fixe sur le long terme l’orientation du développement du pays.
Au milieu du chaos politique occidental, la Chine a tenu récemment son dernier Plénum, événement peu couvert par les médias occidentaux. Cette réunion à huis clos de 370 membres du Comité central avait pour but de définir les grands objectifs économiques des cinq prochaines années.
Le Plénum s’inscrit dans un contexte plus morose qu’espéré : PIB du T3 à 4,8% en glissement annuel, sous l’objectif des 5%, prix de l’immobilier en baisse au rythme le plus rapide depuis douze mois, ventes au détail en ralentissement et investissements immobiliers décevants. La nécessité de stimuler la demande ressort également des discussions.
Sa principale conclusion est que la Chine « devrait atteindre une plus grande autonomie et puissance dans les sciences et technologies », reflet des efforts américains et européens pour développer leurs écosystèmes technologiques. Le fil conducteur du Plénum est la volonté de construire un système industriel moderne, priorité absolue du Parti, dans le cadre d’une politique d’involution destinée à réduire les surcapacités dans certains secteurs comme la chimie.
La nouvelle ligne met l’accent sur les industries de pointe, énergie bas carbone, intelligence artificielle, semi-conducteurs, avec pour mots d’ordre l’intelligence, la numérisation et la transformation verte, tandis que les services passent à l’arrière-plan. Cette orientation assume une dimension stratégique et concurrentielle, les États-Unis étant désignés comme principal rival. Les conclusions du Plénum constituent un signal clair dans le contexte de la guerre commerciale et des restrictions américaines sur les exportations de technologies.
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L’objectif, dans la continuité du précédent Plénum, est de faire en sorte que la Chine ressemble davantage à la Silicon Valley. Xi façonne un État plus fermé sur le plan politique, mais tourné vers la modernisation industrielle. Cette ambition porte en elle une contradiction : la Chine a besoin d’innovation, mais construit un système sociopolitique qui l’étouffe. Plusieurs observateurs notent que certains des esprits les plus créatifs de Chine vivent désormais au Japon. Le renouvellement de 11 membres du Comité central, le plus important depuis 2017, dont une majorité issue de l’armée, illustre ce durcissement.
L’ouvrage Breakneck de Dan Wang apporte un éclairage utile : il souligne la réussite technologique chinoise, mais aussi ses échecs sociaux, notamment la gestion de la COVID et la politique de l’enfant unique. Selon lui, la Chine ne manque pas de scientifiques capables de mener des découvertes pionnières, par exemple en informatique quantique, mais pourrait manquer d’entrepreneurs capables de les commercialiser à l’international.
Cela pourrait être un problème pour le prochain Plénum. Pour l’instant, la Chine se concentre tellement sur les technologies de pointe que le ministre allemand Johann Wadephul a dû annuler un voyage à Pékin, faute d’interlocuteurs disponibles.
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