OPINION. « Qatar, l’allié indéfectible des États-Unis sous le feu de l’histoire »
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Jan Brouckaert
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Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*)
Les rebondissements stratégiques et d’alliance ne manquent pas au Moyen-Orient, mais on pouvait difficilement imaginer une rupture consommée des relations entre Washington et ses alliés des pétromonarchies qui sont un puissant facteur de stabilité régional. Pourtant, après l’attaque israélienne contre Doha, que les États-Unis n’ont pas jugé bon d’empêcher courant septembre dernier, le Golfe tout entier a commencé à prendre peur : peut de la puissance israélienne, mais aussi peur que les États-Unis garants d’une large partie de leur souveraineté et indépendance se détournent des pays du Golfe. Pourtant, une image est déjà entrée dans les annales de la diplomatie moyen-orientale.
Le 29 septembre dernier, Benjamin Netanyahou de nouveau à la Maison Blanche, le visage fermé, a dû prendre son téléphone et appeler le ministre des Affaires étrangères du Qatar pour s’excuser des frappes qui avaient touché Doha. Une scène de contrition humiliante, surtout rapportée par les médias, où l’on décrit le Premier ministre israélien contraint d’effectuer ce geste avec Donald Trump présent à ses côtés, le combiné posé sur ses genoux comme pour rappeler qui tient véritablement les ficelles. Cet épisode illustre à quel point, malgré la violence du choc, le Qatar reste une pièce maîtresse du jeu américain au Moyen-Orient. Depuis, le Président américain vient de signer un décret présidentiel historique, ou l’objectif est avant tout de garantir et l’officialiser la continuité de la politique des États-Unis visant à garantir la sécurité et surtout l’intégrité territoriale du Qatar contre toute agression extérieure. Il fallait se réconcilier d’urgence avec l’Émir du Qatar, pour espérer voir aboutir le fameux plan de paix de Trump, alors que Doha reste l’interlocuteur incontournable de la partie qui coince : le Hamas.
La frappe sur Doha a eu l’effet d’un séisme régional. Elle a rappelé à tous les alliés des États-Unis dans le Golfe qu’ils pouvaient, eux aussi, être exposés. Riyad, Abu Dhabi, Manama et Koweït City ont vu dans cet épisode une remise en cause du fameux « parapluie américain », censé leur garantir une sécurité indiscutable depuis des décennies. Si le Qatar, hôte de la plus grande base militaire américaine dans la région, pouvait être touché, alors plus aucun État ne pouvait se croire totalement protégé. Cette attaque a résonné comme une faille dans le système de protection américain, mettant à nu la vulnérabilité de régimes qui fondent en grande partie leur survie sur ce pacte de défense. Et les arguments du Secrétaire d’État américain, Marco Rubio, prétendant qu’il n’était pas parvenu le fameux jour à joindre le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères qatari, n’a trompé personne.
L’affaire a d’autant plus secoué que le Qatar n’est pas un allié parmi d’autres. Depuis longtemps, il incarne la projection américaine au Moyen-Orient, un partenaire stratégique dont la loyauté, malgré ses prises de position parfois indépendantes, n’a jamais fait défaut à Washington.
Le lien entre les États-Unis et le Qatar est l’un des plus solides de la région. Dès la guerre du Golfe en 1990, Doha a ouvert son territoire aux forces américaines. Puis, au fil des années, cette coopération s’est renforcée jusqu’à l’implantation de la base d’Al-Udeid, devenue le pivot central des opérations militaires américaines au Moyen-Orient. Plus qu’une relation de circonstance, c’est une véritable alliance stratégique qui s’est construite, mêlants intérêts énergétiques, militaires et diplomatiques. Le Qatar, grâce à son gaz et à sa position géographique, a su se rendre indispensable.
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Pour Washington, il est un allié fiable dans une région instable, capable de jouer le rôle de médiateur entre des acteurs ennemis tout en garantissant un ancrage militaire durable. C’est ainsi qu’il a confié à la pétromonarchie le soin de jouer le rôle d’intermédiaire avec les dirigeants « infréquentables » pour la communauté internationale, comme les talibans ou les cadres du Hamas. Pour Doha, ce lien avec les États-Unis est aussi une assurance-vie, une manière de dissuader toute tentative d’agression de ses voisins plus puissants.
L’excuse contrainte de Netanyahou à Doha, sous l’œil vigilant de Trump, n’était pas seulement un moment d’humiliation. Elle a aussi ouvert la voie à une nouvelle séquence diplomatique. En rétablissant un minimum de confiance entre Israël et le Qatar, Washington a voulu rouvrir les canaux de négociation indispensables avec le Hamas. Cette réconciliation est le prélude au fameux plan de paix de Donald Trump, largement salué par les Européens, les Américains, les pays arabes modérés et même par une partie de l’opposition israélienne. Le temps presse : Trump a donné au Hamas quelques jours seulement pour répondre, conditionnant la suite du processus à la libération des otages et à l’arrêt des combats.
L’avenir immédiat de Gaza dépend de cette décision. Et si Trump pouvait conclure son affaire avant le 7 octobre prochain, date de commémoration des deux ans de l’attaque des islamistes sur l’État hébreu, ce serait jackpot. Le Qatar, qui a annoncé plusieurs réunions actuelles sur le sujet à Doha, par sa position unique de médiateur, redevient ici le centre de gravité diplomatique. Sans lui, aucune discussion sérieuse avec le Hamas n’est possible. Malgré les frappes, malgré les humiliations, Doha reste incontournable pour espérer arracher un cessez-le-feu, voire une paix fragile, dans une région où chaque pas en avant semble immédiatement menacé par le retour du feu. Le monde entier attend la réponse du Hamas désormais.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur Moyen-Orient relations euro-arabes/ terrorisme et radicalisation, enseignant en relations internationales, collaborateur scientifique du CECID (Université Libre de Bruxelles), de l'OMAN (UQAM Montréal) et et du NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm).
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