OPINION. « Présidentielle 2027 : 5 propositions pour faire de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération un pilier de notre souveraineté industrielle »
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Dans une Europe fragilisée par les dépendances à l’énergie, aux industries et aux matières premières, vendre la propriété d'un équipement devient une aberration économique. L’EFC, ou Product-as-a-Service (PaaS), propose de vendre l'usage et la performance plutôt que le produit. On ne vend plus un lave-linge, mais la garantie de porter du linge propre en toute circonstance. On ne vend plus un vélo, mais la certitude de se déplacer en continu.
Dans ce modèle circulaire et serviciel, l'entreprise reste propriétaire des équipements. Elle accompagne la bonne utilisation, de la mise en service jusqu’à la fin de vie, en passant par la maintenance, l’entretien et la réparation. Ses revenus récurrents, l’amélioration de ses marges et sa rentabilité à long terme dépendent de la fiabilité des produits et des services qu’elle délivre.
Pour les industriels, conserver la propriété permet de se constituer un stock de composants et de matériaux qui pourront être remanufacturés en fin de vie. Cette circularité sécurise les chaînes d’approvisionnement dans un contexte où les tensions géopolitiques et les aléas climatiques ont déjà un impact sur les résultats financiers.
A cela s'ajoutent les données collectées sur le cycle d'usage pour mieux penser conditions et fin de vie des produits dès leur conception : robustesse, démontabilité, réparabilité.
Côté client, l'équation est radicalement différente de l'achat. L’abonnement à un service lui permet de profiter en continu et sur le long terme d’un produit fiable à un coût compétitif.
Alors pourquoi ce marché peine à se développer alors que le re manufacturing d’équipements durables serait un levier de réindustrialisation ? Au-delà des nouveaux réflexes métiers et de la coopération entre acteurs (industriels, distributeurs, opérateurs, ESS, éco organismes, investisseurs), les entreprises doivent faire face à un changement de paradigme comptable et financier.
L’entreprise investit dans des actifs qu’elle met plusieurs années à amortir. Elle finance une installation, supporte une maintenance et un entretien pour limiter la panne, adosse des assurances pour offrir des solutions en cas de rupture d’usage, et gère un risque d’impayés. Les indicateurs classiques sont inadaptés à des rentabilités longues durées.
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A court terme, chaque nouvel abonnement dégrade le compte d'exploitation et contraint certains acteurs à proposer des offres qui se rapprochent plus d’un crédit à la consommation que d’une offre d’usage.
Nos 5 propositions aux candidats à la présidentielle pour accélérer le développement de ce modèle économique
1. Créer un statut juridique propre à l’EFC
Il faut le distinguer du crédit-bail ou de la location longue durée (LLD). Actuellement, les filières REP (Responsabilité Élargie des Producteurs) ne comptabilisent le réemploi que lors d'un changement de propriétaire. Dans l'EFC, le produit change d'utilisateur, pas de propriétaire : un réemploi invisible et non valorisé. Un statut dédié permettrait de fixer des feuilles de route réalistes.
2. Aligner les objectifs des éco-organismes
Les objectifs de réemploi des éco-organismes doivent intégrer ce modèle de service. Cela permettrait de mieux financer son innovation en mettant l’usage et la responsabilité partagée entre le metteur sur le marché et l’utilisateur au cœur de l’allongement de la durée de vie des produits.
3. Adapter le droit comptable aux actifs circulaires
La règle de l'amortissement implique une dépréciation des composants et matériaux pérennes qui gardent pourtant de la valeur. Nous proposons une révision des normes comptables en immobilisant ces matières pour en faire un actif qui renforce le bilan et maximise la rentabilité du remanufacturing dont les coûts de revient seront encore plus compétitifs.
4. Créer des produits financiers “Souveraineté et Usage"
Financer sur trois ans des produits conçus pour durer plus de dix, pèse sur les comptes de résultats. Pour constituer un parc d'équipements fiables et durables, nous demandons la création de dispositifs de financement permettant de mobiliser l'épargne des Français vers des actifs circulaires pérennes plutôt que vers la consommation de produits jetables.
5. Lancer un "Leasing Social" pour l'équipement durable
Sur le modèle de l'automobile, l'État doit soutenir l'accès et l’usage aux équipements durables pour les ménages les plus précaires. Un fonds de garantie limiterait le risque d'impayés pour les entreprises tout en garantissant aux citoyens l'accès à des produits performants et sobres en énergie.
Passer d'une économie de flux de produits jetables à une économie de stock de matières durables n'est plus une option, c'est une nécessité pour construire une souveraineté nationale et favoriser l’essor d’une consommation soutenable.
La France a l'opportunité de devenir le leader européen de ce nouveau modèle industriel et la campagne présidentielle qui s’annonce doit être l’occasion de rendre l’EFC incontournable.
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(*) Co-signataires :
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