OPINION. « Sommet mondial pour le développement social à Doha : rapprocher le Nord particulier et le Sud global »
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Sommet mondial pour le développement social
Nations Unies
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Sommet mondial pour le développement social
Nations Unies
Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*)
Du 4 au 6 novembre 2025, Doha accueille le Deuxième Sommet mondial pour le développement social, convoqué par l’Assemblée générale des Nations unies. Dans un monde traversé par les conflits, les inégalités et les fractures politiques, ce sommet représente l’un des rares espaces où les dirigeants se réunissent pour penser autrement l’avenir. Il ne s’agit pas seulement d’un rendez-vous institutionnel : le Forum vise à replacer le développement social au cœur des politiques publiques internationales, conformément à la Déclaration de Copenhague et à l’Agenda 2030.
Le premier Sommet mondial pour le développement social s’est tenu du 6 au 12 mars 1995 à Copenhague, au Danemark. Il avait réuni 118 chefs d’État et de gouvernement, ce qui en a fait l’un des plus grands rassemblements de dirigeants jamais organisés par les Nations unies sur les questions sociales. Ce sommet avait trois grands objectifs : lutter contre la pauvreté, promouvoir l’emploi et le travail décent, et renforcer l’intégration sociale en combattant toutes les formes de discrimination ou d’exclusion. Il avait abouti à deux textes essentiels : la Déclaration de Copenhague sur le développement social et le Programme d’action de Copenhague, qui définissait dix engagements destinés aux États. Ces engagements dépassaient largement la seule aide humanitaire. Ils posaient les bases d’une réflexion globale sur la reconstruction des modèles sociaux, la promotion de la justice sociale, et la nécessité d’articuler développement économique et cohésion sociale, affirmant que l’un ne peut aller sans l’autre.
Le choix du Qatar comme pays hôte cette année est loin d’être symbolique. Il faut pour les Occidentaux se tourner vers le Sud global et tisser des liens profonds avec les sociétés émergentes. C’est aussi reconnaître son rôle récent dans le dialogue multilatéral et les médiations internationales, tout en rééquilibrant les lieux du multilatéralisme, longtemps centrés sur l’Occident. L’objectif était aussi de s'appuyer sur l’expérience du Qatar National Convention Centre, désormais l’un des plus grands centres diplomatiques et scientifiques du Moyen-Orient. Ainsi, Doha entend s’affirmer comme une plateforme de dialogue international, à un moment où nombre de puissances se replient sur elles-mêmes. Là où certains États désinvestissent le multilatéralisme, le Qatar choisit de le renforcer, en offrant un espace de délibération mondiale où se rencontrent chefs d’État, organisations internationales, société civile, universités et secteur privé. La tenue de ce sommet dans la capitale qatarie montre que les lieux où se pense le monde ne sont plus seulement New York, Genève ou Bruxelles, mais qu’ils peuvent aussi être désormais Doha, Abu Dhabi ou Istanbul.
Trente ans après Copenhague, ces défis sont encore plus pressants. Les crises démographiques, la déstabilisation climatique, le dérèglement économique et la fracture numérique menacent de laisser des centaines de millions de personnes en marge. Le Sommet de Doha vise à redonner du souffle à cet agenda, non par l’incantation, mais par la construction d’outils concrets et la relance d’une volonté politique mondiale : un vaste programme ! Depuis plus d’une décennie, le Qatar a développé une diplomatie d’intermédiation, s’impliquant dans certaines des crises les plus complexes du globe : discussions entre Washington et les Talibans, échanges humanitaires au Soudan et à Gaza, dialogues indirects dans le conflit entre Israël et Gaza, négociations entre la RDC et le Rwanda. La spécificité qatarienne repose sur une capacité à parler à tous, y compris à ceux que personne ne veut plus écouter. Ce rôle très spécial, parfois contesté, est la marque de fabrique « made in Doha ». L’accueil de ce nouveau sommet s’inscrit dans cette stratégie.
En réunissant à Doha les responsables politiques, les dirigeants institutionnels, les acteurs de la société civile, les think tanks et les universitaires, le Qatar souhaite montrer qu’il est encore possible de repenser la gouvernance mondiale en partant du social. Car le développement n’est pas uniquement un enjeu d’infrastructures et de croissance. Il concerne d’abord la dignité humaine : l’accès à l’éducation, à la santé, au travail, à la sécurité alimentaire, aux droits sociaux, à l’égalité entre les femmes et les hommes. Dans un contexte où les fractures n’ont de cesse de s’élargir, et où l’ONU peine parfois à maintenir sa voix, ce sommet rappelle que la stabilité politique, la paix durable et la sécurité régionale ne pourront être atteintes si les sociétés continuent au Nord comme au Sud à être rongées par la misère et les injustices. En espérant qu’un monde où la coopération reste encore pensable, à condition que l’on accepte de déplacer les centres du débat. Le multilatéralisme ne meurt pas : il se recompose.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe géopolitique relations internationales, directeur de l'Institut Géopolitique Europeen (IGE), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l'Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse). Consultant médias et chroniqueur.
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