ENTRETIEN. Auteur du livre Le Louvre et les Tuileries – La fabrique d’un chef-d’œuvre (Le Passage, 2015), Alexandre Gady, professeur d’histoire de l’art à la Sorbonne, est directeur de la mission de préfiguration du musée du Grand Siècle à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).LA TRIBUNE DIMANCHE – Comment accueillez-vous la nomination de Christophe Leribault à la présidence du Louvre ?
ALEXANDRE GADY – Avec joie ! D’abord parce que Christophe Leribault est un historien d’art accompli et l‘un des meilleurs conservateurs de sa génération, fin connaisseur des musées et de leurs collections tant en France qu’à l’étranger. Mais surtout parce qu’il possède une autre qualité, plus rare, très utile dans la situation actuelle : au fur et à mesure de sa carrière, il a su conserver une justesse et une humanité dans son rapport aux autres, du bas jusqu’en haut de l’échelle. C’est donc une nomination vertueuse, qui tourne le dos à la mode « disruptive », maladie infantile du macronisme.
Quels sont les dossiers urgents à régler ?
Le Louvre est une machine très complexe et il est délicat de juger de l’extérieur. Le mouvement social d’un côté, les problèmes de sécurité de l’autre, enfin la question de la gouvernance, soulevée lors des auditions de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, indiquent que le nouveau directeur est face à un immense défi. Son expérience et ses succès passés seront des atouts précieux.
Que pensez-vous du projet « Grande Colonnade » voulu par le président de la République ?
La Colonnade a été commandée par Louis XIV comme la façade majestueuse du « palais du Soleil » sur la ville. Hélas, desservie par une place qui n’en est pas une, structurée autour d’une large voie de circulation nord-sud, la Colonnade a perdu sa logique avec la pyramide de Pei, tournée vers l’axe royal allant du Louvre à la Défense. La Colonnade est ainsi devenue une façade secondaire, déchue et souvent encombrée de palissades et autres Algeco. Lui rendre sa fonction d’entrée, et partant sa noblesse, est donc une bonne idée. Mais aux difficultés inhérentes à ce projet, dans un site contraint juridiquement et techniquement (la proximité de la Seine), s’ajoute à mon sens une implication trop forte de l’Élysée.
Certes, la longue histoire du Louvre est intimement liée au pouvoir régalien, depuis Philippe Auguste, le fondateur, en passant par Henri IV, Louis XVI, Napoléon III, enfin François Mitterrand, il y a quarante ans. Cependant, la situation actuelle du pays, à la fois politique et économique, devrait inciter notre actuel monarque républicain à plus de modestie. Comme tout le monde, je suis frappé par deux choses : le coût annoncé des travaux, et la précipitation de l’opération, liée à l’échéance de 2027. Pourquoi ne pas prendre le temps de réfléchir ? Il y a plus de huit siècles que le Louvre existe, montrons-nous dignes de cet héritage.