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Au musée du Louvre, l'art reprend ses droits avec l'exposition de Jacques-Louis David

Daniel Schick

Publié le 15 janvier 2026 à 15:00

Jacques-Louis David, "Amour et Psyché", 1817.

Jacques-Louis David, "Amour et Psyché", 1817.

LTD/CC0/Cleveland Museum of Art

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Au-delà du cambriolage et des polémiques, le musée éblouira toujours. Le surprenant Jacques-Louis David, exposé en ce moment, et l’ouverture de salles réinventées et consacrées aux cinq continents en sont des exemples éclatants.

Comme la reine Élisabeth en 1992, le Louvre vient de connaître son annus horribilis. Le 19 octobre a plongé le plus émerveillant musée du monde dans les pages faits divers avec polémiques, petites lâchetés entre amis, possibles complicités, dysfonctionnements en tous genres, mouvements sociaux et auditions à gogo. Un monte-charge, des vitres fracassées, des bijoux historiques volés, une sidération, une tristesse mondiale, une remise en question nécessaire, le Louvre sera toujours le Louvre.

Résidence royale de 1364 à 1682, le tentaculaire palais fait partie de l’histoire de France. La richesse et diversité de ses œuvres (480.000 dont quelque 35.000 exposées) en font aussi un lieu de mémoire des histoires du monde, un temple universel que nous avons cru inviolable. Le casse ne peut faire oublier que le Louvre poursuit son fabuleux destin avec une porte qui rouvre (la porte aux Lions), donnant accès à des objets-œuvres venus des cinq continents, sans oublier l’exposition éblouissante consacrée à David.

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ENQUÊTE. À la recherche des joyaux volés du Louvre

Le peintre est né en 1748 à quelques enjambées de calèche du Louvre ; il concourut à la naissance du musée en 1793. L’originalité de l’exposition est de remettre les pendules à l’heure, de ranger au placard les idées fausses qui pétrifient David dans un formol pictural académique et grandiloquent. Oui, David aime la mythologie, les héros, les victorieux, ceux qui se sacrifient avec grandeur et courage. Oui, David veut la gloire. Il rêve d’entrer dans l’histoire de l’art et dans l’Histoire tout court.

Dans ses tableaux, il y a ses convictions, des leçons de morale, des combats. En trempant le pinceau, David mouille sa chemise. Il est un républicain convaincu, du côté de la Révolution qu’il a peinte directement ou métaphoriquement. Il est un peintre politique au point d’être devenu un homme politique. Élu député, il vote la mort de Louis XVI. David épouse l’Histoire et en sera victime.

Jacques-Louis David, "Le Serment des Horaces", 1784.
Jacques-Louis David, "Le Serment des Horaces", 1784. (Crédits : LTD/Michel Urtado/GrandPalaisRmn)

Dans Bonaparte franchissant le Grand Saint-Bernard, il sacre Bonaparte qu’il admire avant que ce dernier ne devienne empereur, le représentant à cheval, la main droite se dressant dans le ciel comme pour signifier « rien ne m’arrêtera ». Le premier consul devient empereur, emportant David dans ses bagages puis dans son exil. Napoléon ira à Sainte-Hélène et David en Belgique, où il meurt en 1825. Il est enterré sans son cœur, revenu en France au Père-Lachaise.

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Un festival de mains à en perdre la tête

Jeux de mains, jeux de malins. Chacun est « entourbillonné » par ce qu’il veut en visitant une exposition. Les mains peintes par David donnent le vertige. Depuis toujours, les mains tiennent dans leur paume une force d’expression, un rôle majeur, racontant, résumant, théâtralisant une œuvre. Au Louvre, les œuvres de Jacques-Louis David (1748-1825) composent un festival de mains à en perdre la tête. Les mains imaginées par David expriment à peu près tous les états dont nous sommes dotés.

Elles sont combatives, amoureuses, résignées, honteuses, implorantes, victorieuses, désabusées, apaisée, loyales ou lâches. Les mains dans les tableaux de David sont l’épicentre de chaque œuvre, des panneaux d’indication. Par doigts et mains, le peintre précise le sens même de chaque tableau, pointe la quintessence de l’âme de l’œuvre. Si l’on apprend à ne jamais montrer du doigt, David fait le contraire. De salle en salle, en quête de mains, tendez vos yeux.

Jacques-Louis David, "Marat assassiné", 13 juillet 1793.
Jacques-Louis David, "Marat assassiné", 13 juillet 1793. (Crédits : LTD/J. Geleyns)

Doigts et mains unis comme un seul homme pour défendre Rome (Le Serment des Horaces), mains sages et résignées (Portrait de Marie-Louise Josèphe Trudaine), mains caressantes (L’Amour et Psyché), main à terre d’un homme assassiné (La Mort de Marat), mains implorantes (Les Licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils), main déterminée et victorieuse (Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard), ne pas oublier d’écouter ce que confient les mains de David.

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Découvrir le Louvre autrement, en compagnie de Thomas Schlesser

L’exposition révèle que David n’a pas fait que glorifier les glorieux, réalisant un nombre important de portraits sensibles, cherchant à restituer l’âme des croqués. David n’est pas un enjoliveur qui décore ses personnages d’attitudes fausses, de décors surchargés. Il cherche leur vérité afin d’exprimer la sienne. Opportuniste un peu, idéaliste sûrement, engagé vraiment, téméraire et généreux, David eut une vie dense et atteignit son objectif, la gloire.

Les Licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils.
Les Licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils. (Crédits : LTD/Thierry Ollivier/GrandPalaisR)

Dans l’aile du Louvre qui s’étire vers les jardins des Tuileries sur les quais de Seine, la porte des Lions conduit au bout du monde, à la Galerie des cinq continents. Des salles réinventées sont consacrées à la diversité des croyances, à la force imaginative des civilisations présentes sur Terre. Où qu’elle se trouve sur la planète, chaque culture s’est emparée des mêmes sujets, la naissance, la maternité, croire, croire en qui, la mort, après la mort.

Des sculptures-œuvres venues d’Afrique, de l’île de Pâques ou de Polynésie, d’Asie, des Amériques ou d’Australie discutent entre elles de notre condition et rivalisent de beauté. Ces nouvelles salles permanentes ne proposent pas une étude comparative, ne hiérarchisent en rien les cultures. Elles offrent à voir. Elles conduisent à la contemplation, à l’étonnement, à l’éblouissement. Elles ouvrent sur le monde, à la diversité des croyances, à la force créatrice des hommes.

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Et la mode entra au Louvre

Les sculptures sont des reines dont chaque vitrine est un palais. À distance les unes des autres, les œuvres ne se vampirisent pas. L’espace imaginé par Jean-Michel Wilmotte permet au visiteur de déambuler sans jouer aux autos tamponneuses et conduit l’imaginaire de chacun à gamberger.

Une statuette anthropomorphe tino aitu en bois provenant de Nukuoro (Etats fédérés de Micronésie, Pohnpei, Nukuoro) datant de la fin du XVIIIe siècle.
Une statuette anthropomorphe tino aitu en bois provenant de Nukuoro (Etats fédérés de Micronésie, Pohnpei, Nukuoro) datant de la fin du XVIIIe siècle. (Crédits : LTD/musée du quai Branly, Claude Germain)

Combien de minutes, d’heures passées devant une petite sculpture en bois claire représentant un être aux formes épurées d’une modernité incroyable. Un choc esthétique total, un art du minimum secouant, cette sculpture anthropomorphe multitâche est née à de la fin du XVIIIe siècle en Micronésie, sur l’atoll de Nukuoro. Lors de cérémonies, la statuette, comme la plupart de celles exposées, conduisait à une mise en relation avec dieux et ancêtres.

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Diversité quant aux notions de beauté, la Galerie des cinq continents est un voyage autour de la terre au bilan carbone archi-limité, à l’enchantement impossible à comptabiliser comme tous les musées de France. La période des fêtes est idéale pour se laisser envoûter. 

Daniel Schick

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