Les premiers pas d'Éric Cantona au cinéma, un nouveau premier rôle percutant pour Malou Khebizi, révélation du Festival de Cannes 2024, un fascinant et déroutant thriller signé Yeon Sang-ho... Découvrez nos critiques cinéma pour la semaine du 27 juillet 2026.
Éric Cantona, droit au but (3⭐️/5)
En 1995, le footballeur fait ses premiers pas au cinéma. Trente ans après, il incarne un danseur de disco dans « Les Matins merveilleux », son 28e film. Retour sur cette reconversion.
Éric Cantona jouait encore sous les couleurs du club de Manchester quand, en 1995, il apparaît aux côtés de son frère Joël, de Michel Serrault et d’Eddy Mitchell dans le film d’Étienne Chatiliez Le bonheur est dans le pré. On ne le découvre qu’au bout d’une petite heure et dans le rôle peu original d’une gloire du rugby local, mais sa présence et son accent font mouche : c’est véritablement le début d’une carrière qui commence tout en douceur, avec quelques seconds rôles plutôt convenus comme celui d’un joueur de pétanque dans La Grande Vie ! de Philippe Dajoux, en 2001.
C’est en 2003 qu’il fait véritablement son entrée dans la fiction en incarnant Richard Séléna, un… commissaire de police boulimique et obèse devant la caméra de Thierry Binisti pour son film L’Outremangeur, adapté de la BD écrite par Tonino Benacquista et dessinée par Jacques Ferrandez. On est désormais bien loin du joueur de foot virevoltant. Dans ce même registre policier, mais pour y jouer un truand cette fois, on le retrouve quatre ans plus tard dans Le Deuxième Souffle d’Alain Corneau, remake du célèbre film de Jean-Pierre Melville.
En 2009, il opère au cinéma une sorte de retour à la case départ pour ce qui est peut-être son meilleur film à ce jour et le plus singulier assurément. Aux manettes, l’iconoclaste cinéaste britannique Ken Loach qui, délaissant un temps ses âpres comédies sociales, se lançait avec Looking for Eric (« à la recherche d’Eric ») dans une sorte de fable centrée notamment sur le personnage de Cantona, l’idole sportive. Ce dernier apparaît sans cesse dans les rêves hallucinatoires d’un postier au bord de la crise de nerfs, sous la forme d’un athlète philosophe capable de lui remonter le moral et de redonner un sens à sa vie.
Loach et son scénariste habituel Paul Laverty utilisent à fond les potentialités humoristiques de l’icône Cantona avec la complicité pleine et entière de l’intéressé, et le résultat est réjouissant. Depuis lors, Cantona ne cesse de naviguer entre cinéma grand public (Les Kaïra de Franck Gastambide, 2012) et cinéma d’auteur (Marie et les naufragés de Sébastien Betbeder, 2016). Sans s’interdire de figurer au générique d’un premier film, comme Les Matins merveilleux d’Avril Besson où il incarne Thierry dit Titou, improbable danseur de disco dans une jolie fable fragile aux côtés d’India Hair à la recherche de ses origines. Cantona impose sa stature et sa nature, jouant la comédie tout en étant lui-même. Comme à son habitude.
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Les matins merveilleux, Un film d’Avril Besson avec India Hair, Éric Cantona, Raya Martigny, Mathias Minne. 1 h 27. Sortie le mercredi 29 juillet.
Géométrie de la servitude(4⭐️/5)
Dans un hôtel particulier du Triangle d’or, luxueux quartier de l’Ouest parisien où vivent les ultra-riches, Laura (Malou Khebizi) entre au service de Souria (Soundos Mosbah), maîtresse d’un richissime prince saoudien. Celle qui souhaitait juste gagner un peu d’argent avant son départ pour l’armée va expérimenter un terrible système de classes, l’échine courbée, répondant à toutes les exigences de ses employeurs. Si les deux jeunes femmes s’opposent d’abord par un profond mépris, une solidarité et une amitié vont naître progressivement entre elles.
En effet, derrière son quotidien opulent, Souria est contrainte de vivre recluse. Est-elle finalement mieux lotie que Laura – ou que la panthère de compagnie enfermée au sous-sol – dans ce qui se révèle être une forme d’esclavage moderne ? Pour son premier long-métrage, Hélène Rosselet-Ruiz propose un traitement subtil et haletant d’une violente réalité sociale, et la fine peinture de personnages émouvants. Laura, figure principale de cette chronique qui tourne à la tragédie, est incarnée par Malou Khebizi, révélation du Festival de Cannes 2024 avec Diamant brut qui accroche ici à sa jeune filmographie un nouveau premier rôle percutant.
Le triangle d’or, un film d’Hélène Rosselet-Ruiz, avec Malou Khebizi, Soundos Mosbah, Ziad Bakri, Kassem Al Khoja. 1 h 30. Sortie le mercredi 29 juillet.
Anatomie d’une mère (4⭐️/5)
On lui doit un réjouissant et savoureux film de zombies, Dernier train pour Busan (2016). Mais cette fois, le cinéaste sud-coréen Yeon Sang-ho nous revient avec The Ugly, un déroutant et fascinant thriller presque aux antipodes du précédent. Là où le premier adoptait un ton et un rythme déjantés, le second repose avec brio sur une lenteur assumée et un montage tout en retenue, sans parler d’une construction subtilement méticuleuse.
Sous la forme d’une enquête journalistique en cinq « interviews », le film raconte la façon dont le fils d’un graveur aveugle découvre l’histoire d’une mère qu’il n’a pas connue dont la dépouille vient d’être retrouvée et qu’on lui décrit comme fort laide.
The Ugly prend dès lors la forme d’une analyse au scalpel des dérives machistes d’une société coréenne obnubilée par la beauté et dominée par des rapports de classe omniprésents. Glaçant et glacé, le film s’impose comme une nouvelle et singulière preuve du talent éclectique de son auteur avec lequel le si riche cinéma coréen doit indéniablement compter.
The ugly, un film de Yeon Sang-ho, avec Park Jeong-min, Kwon Hae-hyo, Shin Hyun-been, Im Seong-jae. 1 h 42. Sortie le mercredi 29 juillet.