« Cap Farewell », « Sur la route d’Omaha », une retrospective intégrale de Jacques Tati... Nos critiques cinéma de la semaine
Aurélien Cabrol et Marc-Aurèle Garreau

Noée Abita, dans "Cap Farewell", en salles ce mercredi 22 juillet 2026.
Photo DR
Aurélien Cabrol et Marc-Aurèle Garreau

Noée Abita, dans "Cap Farewell", en salles ce mercredi 22 juillet 2026.
Photo DR
La Belgique. Sa mer et ses docks. Ses nuits, ses crimes et ses mille nuances de mélancolie. C’est dans ce cadre très cinégénique que Vanja d’Alcantara réalise son troisième long-métrage, Cap Farewell, polar nourri d’un portrait féminin émancipateur. Toni (Noée Abita) sort de prison. Sous liberté conditionnelle, elle a désormais laissé derrière elle son passé de voleuse et contrebandière. À 24 ans, elle n’aspire qu’à renouer avec sa toute jeune fille Anna et à une vie rangée des voitures.
Un désir qui va se heurter au retour de son ancien complice Max (Matteo Simoni), père d’Anna, ainsi qu’à sa relation conflictuelle avec sa propre mère (Pascale Bussières). Sans oublier son oncle, Franck (Olivier Gourmet), respectable restaurateur le jour mais impliqué dans d’autres activités la nuit… Malgré un scénario parfois prévisible, Cap Farewell a pour lui la belle photographie de Hichame Alaouié, à l’œuvre notamment chez François Ozon pour Été 85.
Surtout, ses lumières font briller Noée Abita, jeune actrice française de 27 ans et diamant brut qui n’en finit pas de se polir au fil des rôles. Révélée en 2017 dans Ava de Léa Mysius, elle est consacrée dans le thriller intime Slalom, qui dénonçait les agressions sexuelles dans le sport, nomination au césar du meilleur espoir féminin 2022 à la clé. Actrice de la génération Covid, elle porte avec grâce l’identité complexe de la jeunesse féminine de cette période, livrée à un monde engagé dans une spirale de violences multiples.
Très discrète à la ville, où elle a donné naissance à un garçon en 2021, elle dégage naturellement le mystère et l’aisance d’interprètes a priori plus confirmées, chez qui un silence, un regard, une allure disent bien plus que n’importe quel discours. L’année dernière, elle rayonnait dans la comédie noire Classe moyenne en jeune bourgeoise carriériste et cynique, tenant la dragée haute à un casting composé des poids lourds Laurent Lafitte, Ramzy Bedia, Laure Calamy et Élodie Bouchez.
Aujourd’hui, dans Cap Farewell, elle incarne autant une Mère Courage qu’un objet de désir aux yeux d’hommes à leur crépuscule, une post-adolescente en butte à une histoire familiale désespérante, jeune femme enferrée dans une tragédie dont elle entend bien arrêter le cours pour offrir à sa fille et à elle-même une liberté lumineuse. La démonstration d’un large registre de jeu, déjà, et la promesse d’un avenir de cinéma rayonnant.
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🎬 Un film de Vanja d’Alcantara, avec Noée Abita, Olivier Gourmet, Matteo Simoni, Pascale Bussières et Aélis Mottart. 1h48. Sortie mercredi.
Prix du jury au Festival du cinéma américain de Deauville l’an dernier, Sur la route d’Omaha est le premier film réalisé par Cole Webley. Sur la base ultra-classique d’un road-movie familial, ce film creuse un sillon singulier en interrogeant la raison d’être de ce voyage. Un matin, un père veuf, ses deux enfants et leur chien quittent leur maison pour se rendre en voiture dans le Nebraska.
Si la première partie présente de joyeux moments de vie, la machine se dérègle quand le père, manifestement angoissé, ne répond pas aux questions de sa fille, à la fois attentive, inquiète et attentionnée, tandis que son frère demeure dans l’insouciance de son jeune âge. Sur fond de paysages naturels écrasants, ce parcours initiatique s’avère douloureux et salvateur.
🎬 Un film de Cole Webley, avec John Magaro, Molly Belle Wright, Wyatt Solis, Talia Balsam. 1h23. Sortie mercredi.
Six et pas un de plus ! Le premier avantage avec la filmographie de Jacques Tati, c’est qu’on peut facilement se vanter de la connaître intégralement. De Jour de fête à Parade en passant par Les Vacances de M. Hulot, Mon oncle, Playtime et Trafic, les six longs-métrages de ce génial cinéaste ont profondément marqué leur époque tout en rendant compte de ses évolutions et de ses mutations.
C’est pourquoi leur ressortie en salles dans de superbes versions restaurées 4K constitue un événement. C’est le meilleur moyen de découvrir ou de redécouvrir les gags concoctés par un champion de l’absurde à la gestuelle comique sidérante. Si le cinéma de Tati n’a pas pris une ride, c’est que le miroir qu’il nous tend n’a rien perdu de son efficacité et de son actualité. Un programme de courts-métrages souvent rares vient compléter l’ensemble.
🎬 En salles depuis mercredi.
Aurélien Cabrol et Marc-Aurèle Garreau