Agnès Jaoui : « Je veux remettre de l’humanité, du dialogue et de la nuance dans ce sujet MeToo »
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L’actrice Agnès Jaoui à Cannes, le 22 mai 2026.
Julien Lienard pour La Tribune Dimanche
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L’actrice Agnès Jaoui à Cannes, le 22 mai 2026.
Julien Lienard pour La Tribune Dimanche
Elle n’avait pas coécrit ni réalisé de film depuis la disparition de Jean-Pierre Bacri en 2021. Agnès Jaoui a finalement repris le chemin de l’écriture et de la réalisation et elle n’a rien perdu de son audace ni de sa plume : avec L’Objet du délit, l’actrice-scénariste-réalisatrice-chanteuse s’attaque à l’un des sujets actuels les plus houleux, celui des violences sexistes et sexuelles, qu’elle transpose dans le milieu de l’opéra.
Dans ce film choral qui déconstruit les archétypes et donne la parole à toutes les générations, elle ambitionne d’apporter de la nuance et de l’humour, pour tenter de « sortir de l’émotionnel ». Entre deux répétitions de Don Giovanni, l’opéra qu’elle met aussi en scène à Montpellier, elle a fait un détour par le Festival de Cannes pour présenter le film hors compétition. Rencontre.
Pourquoi avoir choisi un sujet de film aussi polémique que celui de MeToo ?
Cela faisait trop longtemps que j’avais envie de m’exprimer sur ce thème : j’avais déjà signé des articles mais cela n’a pas la vertu de la fiction. Je veux remettre de l’humanité, du dialogue et de la nuance dans ce sujet et essayer, si c’est possible, de sortir de l’émotionnel, que j’ai vu à l’œuvre et qui s’empare de tout le monde dès qu’on en parle et qui empêche d’être dans la réflexion.
Est-ce que c’est pour avoir ce recul que vous faites un parallèle entre la situation des femmes aujourd’hui et dans Les Noces de Figaro, qui date du XVIIIe siècle ?
Cela me permettait de faire un pas de côté, comme toujours, et de réfléchir aux raisons pour lesquelles le sort des femmes évolue si peu à travers les âges. Même si des choses changent, on n’est jamais à l’abri d’une régression… Au XVIIIe siècle ou dans l’Antiquité, il y avait déjà des revendications et des acquis, on avait le droit de divorcer, il existait des mots qui féminisaient les professions – qui ont été supprimés –, des compositrices ont été « effacées »… Le danger, c’est ce retour en arrière : on se heurte à l’impossibilité de faire vraiment avancer les choses. Quand on fait partie de la jeune génération – et j’en ai fait partie ! – on pense que l’on va faire mieux que nos aînées, ce qui est très bien, mais il faut aussi connaître le passé pour comprendre ce qui bloque.