« Hayat », « The Mad Dog of Europe », « Morlaix »… Notre sélection cinéma de la semaine

Découvrez les sorties cinéma de la semaine du 13 avril 2026.
Damned Distribution - Le Bureau Films - HeimatFilm - Condor Distribution

Découvrez les sorties cinéma de la semaine du 13 avril 2026.
Damned Distribution - Le Bureau Films - HeimatFilm - Condor Distribution
C’est en Turquie de nos jours, l’histoire d’un mariage arrangé auquel la future épouse a décidé de se soustraire en fuyant son village pour refaire sa vie à Istanbul. Quant à l’époux éconduit, devenu la risée de son entourage, il décide de partir à sa recherche. Pour Hayat (qui signifie « la vie »), son premier film diffusé en France, le réalisateur Zeki Demirkubuz a choisi la stratégie stimulante du pas de côté, par exemple en délaissant son héroïne de façon assumée durant toute la première partie du récit. De même qu’il ne montre pratiquement jamais de façon directe la violence physique et morale dont elle est la victime. Il en résulte une œuvre d’autant plus puissante et efficace contre le patriarcat qui étouffe la société turque actuelle. On se gardera bien de révéler ici la « morale » du film, ou peut-être son absence volontaire de morale, mais jusqu’au bout le cinéaste garde ainsi une part de mystère et d’incertitude.
Un film hollywoodien dans les années 1930 contre Hitler, avant même sa prise du pouvoir ? Quelle bombe cinématographique cela aurait pu être ! Le scénariste Herman Mankiewicz, frère du cinéaste et futur auteur de Citizen Kane, en a rêvé et l’a même écrit et proposé aux plus grands studios américains de l’époque, sous le titre explicite de The Mad Dog of Europe. Lesquels studios l’ont refusé soit par lâcheté, soit par aveuglement ou par calcul économique. Des soupçons d’antisémitisme pèsent également sur certains refus affichés. Reprenant le titre de ce film qui ne vit donc jamais le jour, le documentaire réalisé par Rubika Shah fait froid dans le dos tant il montre une industrie hollywoodienne paralysée par l’autocensure à un moment où tout était encore possible puisque le monde n’était pas en guerre. Ce pan méconnu de son histoire ne fait pas honneur au cinéma américain de l’âge d’or. La « machine à rêves » ne voulait, hélas, pas entendre parler d’un cauchemar à venir et préféra se voiler la face.
Esprits trop cartésiens s’abstenir. Le procédé de Morlaix, le nouveau film du cinéaste espagnol Jaime Rosales, entièrement tourné en France et en français, découle d’un effet de miroir aussi déroutant que rapidement enthousiasmant. On y voit tout à la fois le beau portrait d’une ville bretonne, Morlaix, et celui de la jeunesse qui y vit. Ses héros découvrent dans un cinéma local un « film dans le film » qui s’intitule lui aussi Morlaix et dont l’intrigue fait écho à leur propre vie en la prolongeant et en l’amplifiant. Porté par une distribution exceptionnelle (Aminthe Audiard, Samuel Kircher et Mélanie Thierry en tête), ce film multiplie les hommages à la nouvelle vague et au cinéma de Rohmer comme à celui de Hitchcock, surfe entre la couleur et le noir et blanc et des largeurs de cadre différentes, tout en développant une mélancolie douce et grave d’une rare justesse. On est séduit autant qu’emporté par cette singularité qui se distingue de la production ambiante avec autant de brio que d’élégance.