Lettre ouverte à Catherine Pégard, ministre de la Culture : « Il faut légiférer plutôt que protéger les géants de la tech »

Emmanuel Curtil (voix française de Jim Carrey) et Francine Baudelot
LTD/ Mélanie Meinbach ; Julie Reggiani

Emmanuel Curtil (voix française de Jim Carrey) et Francine Baudelot
LTD/ Mélanie Meinbach ; Julie Reggiani
Dans le Limousin, la cigogne noire fait plier EDF
Chute des cours : le baril de pétrole retrouve niveau d'avant la guerre en Iran
Mohammed Fassi Fehri : « Nous recherchons de nouvelles opportunités d’investissement au Maroc »
Le corridor routier Guinée-Sénégal lève un financement de 140 millions d’euros
Ferroviaire : la Nouvelle-Aquitaine dézingue le contrat de performance de SNCF Réseau
« Pas d'autorisation », public « hostile aux forces de l'ordre »... Les raisons de l'annulation du concert de LFI pour la fête de la musique
Les menaces que fait peser l’intelligence artificielle sur les acteurs, le cinéma et la culture se sont invitées à la cérémonie des César. Le comédien Emmanuel Curtil a interpellé la nouvelle ministre de la Culture avec cette phrase : « Il faut légiférer, protéger les artistes et le public plutôt que les géants de la Tech. »
Nous aurions tort de considérer qu’il ne s’agit que d’un enjeu corporatiste. La menace que fait peser l’IA générative constitue un véritable défi pour notre exception culturelle et pour la France. Le 3 février, nous apprenions que 11 comédiens de voix, dont les talents ont été pillés par deux sociétés américaines, Fish Audio et Voice Dub, leur avaient adressé une mise en demeure, avant de les poursuivre en justice.
Ce qui est réellement en question, c’est notre avenir, en ce sens que nous préparons un monde déshumanisé. Sans encadrement, ni régulation, le fabuleux outil de complément et de soutien à l’homme que constitue l’IA pourrait se transformer en un facteur d’affaiblissement peut-être historique de la culture, la pensée et des capacités humaines.
Nous sommes dans un « moment politique et sociétal » un peu étrange et déstabilisant où des prédateurs semblent avoir pris le pouvoir sur nos vies : tensions géopolitiques, déstabilisation politique, sentiment d’abandon des populations, radicalité qui inonde le débat public de ses outrances, effacement de la personne humaine… La liste est longue des raisons pour lesquelles nous avons l’impression de ne plus avoir prise sur rien, d’avoir perdu le contrôle…
Nous allons probablement vous choquer. Nous, les comédiens de voix, nous considérons comme l’incarnation de la perte de contrôle de la France sur elle-même. Parce que la France s’enorgueillit depuis des années d’être le pays de l’exception culturelle, d’être le pays qui défend un certain esprit, une certaine relation audacieuse à la culture. Mais la France est parmi les premières à abandonner le match face à l’intelligence artificielle américaine qui vient piller nos artistes, sans retenue, sans contrôle et sans contre-feu de nos dirigeants politiques. C’est incompréhensible.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

En toute logique, nous, en tant que comédiens, nous aurions pu espérer que face à une telle menace, il y ait un gouvernement, des élus, qui se lèvent pour protéger notre culture française, ses comédiens, ses artistes, son exception culturelle si précieuse. Cela aurait été le cas il y a quelques années. Plus maintenant. La France a baissé pavillon.
Pourtant, en ce qui concerne l’IA, il est encore temps d’agir pour protéger nos enfants, notre exception culturelle française et notre souveraineté dans la préservation de notre langue. Or, nous sommes collectivement comme tétanisés face au défi que représente l’IA.
Il y a une crainte compréhensible de rater ce fabuleux virage technologique. Nous pensons que dresser des limites pourrait contraindre notre économie et restreindre nos atouts français dans ce domaine.
Dans ce contexte, doit-on accepter de laisser l’avenir de nos enfants aux mains de machines, sans mesurer réellement l’impact de cette confrontation déshumanisée sur leur créativité, leurs capacités cognitives ou de recherche autonome de la connaissance ? Doit-on passivement laisser nos enfants exposés à des contenus trompeurs (Deepfake), être victimes d’usurpation d’identité, et d’usages malveillants (harcèlement, manipulation, escroquerie) ?
Ce sont les plus jeunes qui sont en effet les premières victimes de cette « industrialisation du faux et du trompeur ».
Certains pays, comme le Danemark testent des réponses plus volontaristes, qui visent à mieux protéger juridiquement la voix et l’image des personnes face aux Deepfakes. C’est donc possible ! Nous n’ambitionnons pas d’interdire l’IA. Nous promouvons un cadre de protection que l’on peut qualifier de « pro-innovation » et « anti-abus ». La France vient d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Les députés ont adopté un texte aussi vite que l’éclair.
Mais pour la protection de notre exception culturelle, nous sommes confrontés au mur des impossibles : impossible à cause de l’Europe, impossible parce que vous n’êtes, nous ne sommes pas encore morts, impossible parce que nous n’en sommes qu’aux débuts de l’IA, impossibles parce qu’il manque des preuves.
Impossible. Impossible. Impossible. Au lieu de nous protéger, on nous promet des subventions pour nous aider à mourir.
Une sorte d’euthanasie artistique nous est proposée. Nous la refusons ! Nous la refusons parce que nous croyons en l’avenir. Nous la refusons parce que nous croyons en notre exception culturelle. Nous la refusons, parce que nous croyons en vous Madame la ministre !
*Brigitte Lecordier, Jean Vandescasteele, Patrick Kuban et Emmanuel Curtil, membres de l’association LES VOIX et porte-parole du collectif #TouchePasMaVF
OPINON. « Vive les vacances … en famille ! », par Xavier Dsaulles, PDG d’Adagio
Présidentielle 2027 : quand le duo Marine Le Pen et Jordan Bardella inspire d'autres tandems
François Bayrou, l’éternel lanceur d’alerte. La chronique politique de Bruno Jeudy
Contre Tondelier, Jadot et Rousseau mettent leur rivalité de côté