ENQUÊTE. Les deux géants refusent que les comédiens qui prêtent leurs voix aux jeux vidéo de Microsoft et aux livres audio d'Amazon, intègrent à leur contrat une clause qui les protège d'une réutilisation de leur travail pour entraîner des intelligences artificielles. Un bras de fer a débuté, avec pour conséquence une mise à l'arrêt de productions à cause de l'IA.« Vous n’avez qu’à prendre une autre comédienne. » Marie prend le verdict comme une claque. C’est ce qu’Audible, propriété du géant Amazon, a répondu au studio chargé d’enregistrer le second tome d’un livre audio qu’elle devait normalement narrer. En cause : son refus de signer un contrat qui n'intègrerait pas de clause interdisant l’usage de sa voix par l’intelligence artificielle. Pourtant narratrice du premier volet et voix régulière de la plateforme, la comédienne est remplacée sans ménagement. « Je peux me permettre de refuser parce que je travaille ailleurs. Mais d’autres n’ont pas le choix. Ils ont besoin de manger », explique-t-elle.
Deux autres actrices témoignent avoir décliné des projets d’« Audible Original » pour les mêmes raisons. À chaque fois, Amazon - avec qui les comédiens ne sont jamais en contact direct - ne leur donne aucune explication « Si vous contestez, on ne vous répond pas, vous êtes simplement éliminés », explique Sophie*. Selon nos informations, ce scénario se répète régulièrement lors du lancement de nouvelles productions exclusives de la plateforme.
Plusieurs enregistrements de jeux bloqués chez Microsoft
Dans le jeu vidéo, les comédiens qui prêtent leurs voix aux personnages se heurtent régulièrement au même type de conflit. Notamment avec un autre acteur des Big Tech, propriétaire de multiples licences de jeux via ses filiales Activision Blizzard et ZeniMax Media : Microsoft. Ces dernières proposent bien une clause sur l’IA dans les contrats. Mais celle-ci n’est pas considérée comme suffisamment protectrice par les interprètes français. Ce qui provoque de nombreux abandons de contrats et des blocages d’enregistrements. « Cette clause apporte une protection limitée, en assurant aux comédiens que leur voix ne servira pas à générer des lignes de dialogues avec un clone virtuel sauf s’il donne leur accord, pointe Jimmy Schuman, comédien et représentant du SFA (Syndicat Français des Artistes interprètes). Mais elle ne protège pas contre la création de voix synthétiques, c’est-à-dire une voix non reconnaissable créée à partir d’un mix d’enregistrements. »