LA TRIBUNE DIMANCHE – Quand on se voit proposer un rôle aussi emblématique que celui du général de Gaulle, est-ce qu’on se dit que c’est un cadeau risqué ?
SIMON ABKARIAN – C’est une aventure particulière de jouer de Gaulle, ce n’est pas anodin mais ce n’est pas un piège. De Gaulle est inscrit dans l’inconscient collectif français, souvent mal d’ailleurs, car il est parfois caricaturé dans nos souvenirs. Les années 1940-1944 sont celles où la France a été dans le plus grand danger de toute son histoire moderne et c’est lui qui l’a remise sur les rails.
La valeur cardinale de de Gaulle, c’est le courage, qui prend source dans son amour de la France. Dans ce film, c’est intéressant de voir son parcours avant qu’il ne devienne un héros : au départ, il est comme l’alpiniste escaladant une montagne seul et sans piolet ! C’est important de montrer que ça n’a pas été facile mais que ce n’est pas parce qu’on croit les choses perdues que c’est définitif. On peut remonter la pente si toutes les volontés – politique, militaire, etc. – sont là.
Comment avez-vous fait pour vous approprier une figure aussi héroïque ?
L’idée est de proposer « un » de Gaulle. Il faut l’invoquer mais pas l’imiter. Quand on est acteur, le réalisme a ses limites : on peut s’inspirer des archives et des discours, mais le reste, il faut l’imaginer. Et la gageure, c’est que de Gaulle est lui-même un acteur. Il joue et se met en scène, donc le défi est de reproduire sa théâtralité sans tomber dans le mauvais théâtre. Je me suis appuyé sur le corps et le verbe. Il a ce corps complètement dégingandé et ça me parle, moi qui viens d’un théâtre très physique et qui ai pratiqué la danse étant jeune. En plus, c’est un militaire et cela m’a facilité la tâche car, « coincé » dans cette cage qu’est l’uniforme de soldat, qui implique une façon de se mouvoir, on peut créer de la liberté de jeu. Enfin, c’est surtout son phrasé qui l’anime, il tape parfois sur des mots avec des inflexions étranges, tout à coup sa voix devient aiguë… Pour jouer de Gaulle, il faut sortir de la norme.