Est-ce parce que l’héroïne, Sybil, est une femme malade de 73 ans qui, croyant que sa vie est derrière elle, s’autorise de miraculeuses premières fois (hésiter entre deux hommes, voyager hors de son pays, avoir une vraie conversation avec sa fille) ? Dialogue échevelé entre Sybil et les destinataires de ses lettres fictives, La Correspondante, entré sur la liste des best-sellers du New York Times, a aujourd’hui dépassé, tous formats confondus, le million d’exemplaires vendus aux États-Unis.
Les lettres que Sybil échange avec son frère, son ex-mari, sa fille, ses amis, mais aussi un enfant ou un réfugié syrien agissent tel un accélérateur de particules – de franchise, de tendresse ou de conflit. Sybil, dans le même geste, se souvient et claque la porte aux souvenirs. Déploie toutes les femmes qui vivent à l’intérieur d’elle : les remords et les doutes de l’ex-greffière ; les regrets et les larmes de la mère en deuil.
On lit là l’éclosion d’une vieille dame qui renaît à la vie alors qu’elle est en train de perdre la vue. Et la naissance d’une écrivaine étincelante dont c’est le premier roman : l’Américaine Virginia Evans. Son ode aux conversations écrites nous a donné envie de nous entretenir avec elle… par écrit.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Il paraît que vous avez écrit La Correspondante dans un placard ?
VIRGINIA EVANS — Tout à fait ! J’avais désespérément besoin d’une chambre à moi pour écrire, pour citer Virginia Woolf. Il m’est impossible de trouver mon rythme si je ne peux pas être seule derrière une porte fermée, au calme. Le placard m’a donc offert cet espace.