LA TRIBUNE DIMANCHE – Vous avez assisté, cette semaine, au procès du sénateur Joël Guerriau, condamné pour avoir drogué la députée MoDem Sandrine Josso dans l’intention de la violer. Qu’est-ce qui vous a frappée ?
CAROLINE DARIAN – Ce qui m’a marquée, c’est la manière dont on traite les victimes dans une cour, même quand il y a des preuves. C’est à la victime de prouver qu’elle est victime. Sandrine Josso a eu la chance de tomber sur un président de la cour et un avocat général très respectueux. Mais ce n’est pas le cas dans toutes les cours. J’ai vu ma mère se faire humilier devant celle d’Avignon. Il a fallu qu’on épluche sa vie sexuelle. Quand j’étais à la barre, j’ai aussi été heurtée. Des avocats de la défense ont cherché à me faire dire que ma mère n’était pas droguée. Le président a laissé faire, cela n’a choqué personne. Le statut de victime n’existe pas tant qu’il n’y a pas de verdict. Au prétexte que notre loi est ainsi faite, on s’autorise à malmener les victimes.
Joël Guerriau a été condamné à quatre ans de prison dont dix-huit mois ferme. Que pensez-vous de cette peine ?
Il y a deux ans, Laurent Bigorgne [ancien directeur de l’Institut Montaigne] a pris douze mois avec sursis pour des faits similaires. Cette fois, cette peine envoie un signal. On considère maintenant le mode opératoire de la soumission chimique. Mais il faut encore dépoussiérer notre système judiciaire. La soumission chimique est entrée dans le dictionnaire l’année dernière et la notion de consentement, dans notre loi en juin dernier. La marge de progrès est encore assez importante.