Paul Gasnier, Maïa Mazaurette, Ambre Chalumeau... Quand les chroniqueurs de « Quotidien » déploient leurs « plumes »
Les chroniqueurs du talk-show de Yann Barthès enchaînent les best-sellers en librairies. Plongée dans les coulisses de ce « Club lecture » très prolifique.
Rémi Jacob
Les chroniqueurs du talk-show de Yann Barthès enchaînent les best-sellers.
« Tout ça me dépasse un peu... » En lice pour le prix Goncourt avec La Collision (Gallimard) - sorti fin août et déjà écoulé à plus de 10.000 exemplaires -, Paul Gasnier n'aurait jamais imaginé rencontrer un tel écho. Le reporter de Quotidien (TMC) s'inscrit pourtant dans le sillage de nombre de ses camarades d'antenne qui n'hésitent pas à prendre la plume (lire ci-dessous). Une tendance que ne boude pas le producteur de l'émission Laurent Bon, cofondateur de la société Bangumi.
« On caricature souvent Quotidien en évoquant son ironie et le fait qu'on se moquerait en permanence des politiques, mais c'est avant tout une émission culturelle. On a toujours reçu sur notre plateau les plus grands écrivains et donné la parole à des voix singulières. Les mots sont au cœur de Quotidien. Quand on veut nous blesser, on dit que Yann Barthès et ses chroniqueurs lisent le prompteur, mais nous le revendiquons, nous faisons une émission écrite à la seconde près ! Je ne suis pas surpris que ce travail débuté sur notre plateau se poursuive ailleurs, même si je n'y suis pour rien. » Zoom sur les pépites littéraires du talk-show de TMC.
« La Collision », de Paul Gasnier, Gallimard, 176 pages. (Crédits : LTD/Alice Moitié)
Dans La Collision, le journaliste de 35 ans revient avec une infinie finesse sur la mort de sa mère, tuée lors d'un rodéo urbain en 2012 par Saïd, un délinquant multirécidiviste. C'est en couvrant pour Quotidien un meeting d'Éric Zemmour lors de la présidentielle de 2022 que l'idée de coucher ce drame sur papier a germé. « J'ai ressenti le besoin de parler de la délinquance et de la drogue avec mes mots. Je ne voulais pas que mon deuil soit contaminé par des discours d'extrême droite. C'est une réflexion plus globale sur la polarisation de notre pays et la manière dont CNews et consorts travaillent à diviser la France. »
Avec en toile de fond cette question : comment résister aux sirènes de la haine quand on est confronté à un fait divers qui illustre tout ce que l'extrême droite dénonce ? « Je suis resté fidèle à mon éducation catholique de gauche et aux valeurs transmises par mes parents », glisse le jeune homme, qui a profité des vacances de Quotidien et de ses rares week-ends sans tournage pour écrire ce premier livre très remarqué. « Même si c'est un récit personnel qui n'a rien à voir avec l'émission, bien sûr que j'observe une curiosité autour de moi. Notamment lors des salons du livre où ma table est bien plus fréquentée que celle des autres primo-romanciers ».
Maïa Mazaurette, serial autrice
« La Collision », de Paul Gasnier, Gallimard, 176 pages. (Crédits : LTD/Michael Hull)
Plus d'une vingtaine d'ouvrages publiés depuis 2001. Des romans, des bandes dessinées, ou encore un essai graphique baptisé Maison close, paru cette semaine chez Anne Carrière. « C'est une proposition pour retrouver les désirs et fantasmes qui nous ressemblent vraiment, pas ceux qu'on nous impose », confie la chroniqueuse sexo, amusée de constater qu'un journaliste lui ait demandé il y a quelques jours en promo si c'était son premier ouvrage.
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« La télévision écrase tout, c'est du délire. Pour cet ouvrage, les commerciaux ont insisté pour mettre ma tête sur le bandeau. Ça veut dire que je peux désormais vendre sur mon nom. Et ça me permet aujourd'hui de publier des livres super chelous comme celui-ci. [Rires.] »
Ambre Chalumeau, l'atout culture
Liste de lecture d’Ambre Chalumeau, L’Iconoclaste/Bangumi (en librairies en novembre). (Crédits : LTD/Dorian Prost)
La journaliste de 28 ans a publié en début d'année Les Vivants (Stock), un premier roman tendre et mordant vendu à plus de 50.000 exemplaires. « Quand elle me l'a annoncé, six mois avant sa parution, ça ne m'a pas surpris, glisse Laurent Bon. Lorsqu'on l'a recrutée, on a tout de suite senti qu'elle avait ça en elle. »
Le 6 novembre, Bangumi proposera en coédition avec L'Iconoclaste Liste de lecture. « C'est un livre dans lequel elle évoque 20 bouquins cultes qui l'ont marquée, commeBelle du Seigneurd'Albert Cohen ou Le Bûcher des vanités de Tom Wolfe, mais également des ouvrages plus confidentiels », précise Laurent Bon, qui éditera également le 9 octobre avec Tallandier Donald - Le monde à pile ou face, sous la plume de Guillaume Hennette, rédacteur en chef des reportages de Quotidien.
Le phénomène Panayotis Pascot
« La prochaine fois que tu mordras la poussière » de Panayotis Pascot, Stock, 240 pages (Sorti en 2023). (Crédits : LTD/Alice Moitié)
Lors de la rentrée littéraire 2023, l'ex-chroniqueur de Quotidien créait la sensation avec La prochaine fois que tu mordras la poussière (Stock). Plus de 200 000 lecteurs ont depuis dévoré ce récit autofictionnel coup de poing explorant les thèmes de la dépression, de l'homosexualité ou de la relation au père.
« Je l'ai lu avec beaucoup d'émotion car je l'ai connu très jeune, confie Laurent Bon. Il était mineur lorsqu'il a débuté au Petit Journal. Son livre raconte les années qu'il a passées avec nous, où il ne se sentait pas forcément à sa place. Cette période durant laquelle il a découvert la vie parisienne et la télévision. Ce qui est génial avec Panayotis, c'est qu'il a rassemblé des bibliophiles mais également des personnes qui étaient peu habituées à la lecture. »
Lilia Hassaine,l'écriture avant tout
« Panorama », de Lilia Hassaine, Gallimard, 240 pages (Sorti en 2023). (Crédits : LTD/Francesca Mantovani - éditions Gallimard)
Des dizaines de milliers de livres vendus, un style affûté et un prix Renaudot des lycéens pour son troisième et dernier roman en date, Panorama, sorti en 2023 chez Gallimard. Celle qui présente aujourd'hui Aux livres, etc. sur France Inter se souvient du vent littéraire qui soufflait dans les coulisses du talk-show, où elle a travaillé de 2017 à 2022.
« Lorsque le producteur éditorial Théodore Bourdeau m'a recrutée, on a parlé une heure de Proust et de Houellebecq, se souvient-elle. J'écrivais déjà, et lui aussi. Avec Yann Barthès et Laurent Bon, on s'offre régulièrement des livres, ce qui n'est pas commun dans le métier. Duras, Didion, et bien d'autres. Étant donné cette atmosphère, ça ne m'étonne pas qu'on soit autant à publier, dans des genres très différents. Cette vocation, je l'ai depuis que je suis toute petite. Le journalisme a d'abord été un moyen de vivre de ma plume. Je suis heureuse de constater que j'ai désormais des lecteurs qui ne regardent pas la télé et m'ont découvert à travers mes livres. »