OPINION. « Pour un pacte industriel de la Défense », par Grégory Allione, député européen Renew

Le député européen Gregory Allione en séance plénière du Parlement européen, en 2024.
LTD/Hans Lucas via Reuters Connect

Le député européen Gregory Allione en séance plénière du Parlement européen, en 2024.
LTD/Hans Lucas via Reuters Connect
L’Union européenne est née d’une idée simple et lumineuse : organiser la paix après les tempêtes du XXème siècle. Elle a administré la reconstruction, accompagné la prospérité et garanti la stabilité d’un continent épuisé par ses guerres. Mais ce modèle d’après-guerre, fondé sur le consensus et le compromis, n’est plus adapté à notre nouvelle réalité.
Aujourd’hui, l’Europe ne se bat plus seulement contre le risque de division interne. Alors que la guerre est à ses portes, elle affronte désormais des menaces hybrides et diffuses : cyberattaques, actes de sabotage, espionnage, manipulations informationnelles, pressions économiques, migration instrumentalisée, ingérence dans les processus électoraux et autres attaques à l’encontre de nos valeurs démocratiques.
Ces dangers réclament des décisions rapides, non des tergiversations.
Pourtant, l’Union demeure trop souvent dans la gestion plutôt que dans l’action, souvent non pas par manque de volonté politique mais, pas inertie institutionnelle. Le consensus à vingt-sept, jadis symbole de maturité politique, s’est mué en facteur d’immobilisme structurel.
Cette lenteur décisionnelle révèle un déficit de leadership et une absence de gouvernance stratégique qui fragilisent la souveraineté européenne. Dépendre d’autrui pour assurer notre défense, c’est déléguer notre sécurité, donc notre liberté. L’Europe a besoin d’un leadership de protection — non de posture — capable de décider dans l’urgence, d’assumer ses choix et de porter la voix des Européens sur la scène mondiale. Car nos concitoyens n’attendent pas des discours d’unité, mais une Europe qui les défende concrètement face au risque de guerre, menaces hybrides et ingérences étrangères.
Reconstruire une Europe protectrice suppose de rompre avec la logique gestionnaire. Nous devons doter l’Union d’un véritable mécanisme de gouvernance de crise, activable en urgence et composé d’États volontaires. Ce noyau dur de la réactivité européenne permettrait enfin de sortir du piège des blocages institutionnels et d’assumer une action commune, claire, rapide et crédible.
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Par ailleurs, la souveraineté européenne ne peut se limiter jamais aux seules décisions politiques. Elle repose d’abord sur la puissance industrielle. Défendre l’Europe, c’est produire en Europe, pour l’Europe.
Il nous faut un pacte industriel européen de défense : investir massivement dans nos filières, mutualiser la recherche et les achats, sécuriser nos approvisionnements. Cette autonomie stratégique est le socle de toute indépendance politique.
La sécurité, enfin, doit être partagée par tous. L’Europe a besoin d’une réserve civique moderne, fondée sur des services nationaux orientés vers la défense et la protection civiles, capable d’impliquer les citoyens dans la résilience de leurs territoires. Car la protection ne saurait être seulement militaire : elle est aussi climatique, sociale, économique et culturelle.
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Dans un monde où la guerre est redevenue une réalité, la défense de l’Europe est une condition de survie. L’Union doit devenir une puissance capable de riposter à toute agression, y compris économique, par des sanctions automatiques et coordonnées. L’Europe ne peut plus commenter les crises : elle doit prévoir, prévenir et protéger.