ENTRETIEN CROISÉ — On les appelle « les sœurs Berest ». L’une écrit sur les siens, l’autre sur le monde. Dialogue entre elles deux, rien que pour nous.Anne remonte le fil de la mémoire familiale dans La Carte postale et Finistère ; Claire s’empare de Frida Kahlo, des viols de Mazan ou des failles de notre époque. En 2017, elles réunissent leurs plumes pour raconter le destin de leur arrière-grand-mère Gabriële Buffet, épouse de Francis Picabia et figure du mouvement dada. Grandir chez les Berest, c’est apprendre très tôt que les idées se défendent autant qu’elles se discutent.
Avec une famille maternelle marquée à jamais par la Shoah et une branche paternelle bretonne, trotskiste et militante, subir n’a jamais été une option. Les réunir, c’est découvrir qu’on peut hériter de la même histoire sans jamais en faire le même récit.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Beaucoup imaginent que deux sœurs écrivaines ne peuvent échapper à la rivalité. Vous leur donnez tort ?
ANNE BEREST — Oui, je crois que c’est ce qui fait notre singularité. Dans un milieu où il est déjà si difficile de trouver sa place, nous sommes « les sœurs Berest ». C’est une force. Les succès de Claire sont les miens, et j’aime croire que les miens sont aussi les siens.
CLAIRE BEREST — Ils le sont ! Nous avons publié notre premier roman à quelques mois d’intervalle en 2010. Anne a connu le succès immédiatement avec La Fille de son père, tandis que mes trois premiers livres sont presque passés inaperçus. [Rires.] Son succès n’enlevait rien au mien : j’étais déjà tellement heureuse de publier, car écrire était mon rêve depuis l’enfance. Et aujourd’hui, aucune de nous ne fait de l’ombre à l’autre.
A.B. Si l’une avait éclipsé l’autre, cela aurait peut-être été plus difficile à vivre. Mais nous avons chacune trouvé notre place.