Le vote inédit d’une centaine d’élus démocrates au Congrès cette semaine en faveur d’une suspension de l’aide américaine à Israël est de mauvais augure pour la relation entre les États-Unis et l’État hébreu avant les élections qui se tiendront dans les deux pays l’automne prochain.Ne prêtons pas une immense attention à Thomas Massie, cet élu républicain ultraconservateur et libertarien du Kentucky qui a soumis au vote de ses pairs mercredi un amendement au budget des affaires étrangères au terme duquel l’aide annuelle américaine à Israël – d’un montant de 3,3 milliards de dollars – serait annulée.
Pour lui, il s’agissait d’un baroud d’honneur contre la Maison-Blanche. Surtout depuis que Donald Trump a placé un affidé sur sa route aux primaires pour l’empêcher, avec succès, de se représenter aux élections de mi-mandat du 3 novembre. Massie estimait que les États-Unis feraient mieux d’allouer ces milliards aux Américains qui en ont vraiment besoin. Sur consigne et menaces de l’entourage de Donald Trump, aucun élu républicain n’a suivi le franc-tireur dans cette aventure.
Mais que 103 représentants démocrates votent en faveur de ce texte et que dix autres s’abstiennent – ce qui représente la majorité du groupe –, voilà qui est inédit et raconte une tout autre histoire. D’abord parce que les démocrates à la Chambre affichent ainsi la fracture profonde qui divise le parti entre soutiens inconditionnels d’Israël d’un côté et contestataires de la politique du gouvernement de l’État hébreu de l’autre. On parle ici de Gaza, où la paix n’est toujours pas assurée, ou de l’Iran, où Benyamin Netanyahou estime que la mission de destruction du régime n’est pas accomplie.
Et naturellement de la façon dont Washington depuis des lustres ne parvient plus à faire entendre raison au leader israélien, surtout dans son entreprise de colonisation de la Palestine et ses réponses disproportionnées aux attaques terroristes. Ensuite parce que ce vote majoritaire au sein des élus démocrates traduit avec retard un alignement sur l’opinion publique. Cela fait des années que les Américains en général et les électeurs démocrates en particulier ont pris leurs distances avec l’État hébreu.