« Donner naissance quand ça tape à 800 mètres n’est pas normal » : immersion dans la dernière maternité du Donbass
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Valeriia Kodzdiaspirova, 38 ans, berce sa nouveau-née.
LTD / Charles-Frederick Ouellet
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À Sloviansk, il est un rare sas de vie qui subsiste, au milieu du déluge de feu russe qui se déchaîne sur la ville bastion du Donbass. Il s’exprime dans le cri des nourrissons qui résonnent dans les couloirs. Se devine dans la silhouette de ces femmes au ventre arrondi patientant dans la salle d’attente. Une douce lumière s’immisce dans l’enceinte vert opaline de la maternité de la ville, désormais distante de 15 kilomètres du front. Malgré le grondement permanent de l’artillerie au-dehors, elle est l’un des derniers lieux qui font oublier la guerre.
Pourtant, l’établissement – le dernier encore en activité dans cette partie de l’Est ukrainien sous contrôle de Kiev – n’est plus que l’ombre de lui-même. Une employée à la combinaison écarlate promène sa serpillière sur le plancher. La réceptionniste dévisage le moindre visiteur. L’endroit semble désert. Les chambres, pour la plupart, sont inoccupées.
Dans l’une d’elles, baignée par une douce lueur filtrée par les stores, voici Valeriia Kodzdiaspirova, serrant contre sa robe de chambre étoilée sa fille Michelle, née la veille. Avoir enfanté dans ces conditions spartiates ne semble pas émouvoir cette maman de 38 ans. C’est son cinquième enfant, son troisième en temps de guerre totale.
« Tout arrive pour une raison, lâche-t-elle, fataliste. Mes enfants n’ont plus peur des bombardements… » Partir ? Elle l’envisagera quand la menace se fera plus pressante. Et même si cela devait arriver, ce ne serait que temporaire : « On reviendra lorsque la situation se calmera. »
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