Dans la petite bicoque transformée en centre de commandement, l'atmosphère est pesante. Un militaire aux cheveux gras, agité, dirige les opérations dans un nuage de tabac, agrippant son talkie-walkie toutes les trente secondes. « Les gars, les gars, les pidory [insulte désignant les Russes] sont là, niquez-les ! » Sur un écran fixé au mur défilent les images captées par un drone de reconnaissance. On y perçoit une école en flammes, où sont retranchés des soldats russes. Le bâtiment vient d'être pris d'assaut par des hommes de la 59e brigade de l'armée de Kiev. Les combats se déroulent sous les yeux du commandant au tempérament bouillant, à quelques kilomètres de là, dans la stratégique ville de Pokrovsk, devenue il y a déjà plusieurs mois l'épicentre des combats du Donbass, dans l'est de l'Ukraine.
Dans la pièce d'à côté, le sergent-major Oleksii, casquette sur la tête, tient à préciser que « si Pokrovsk résiste et n'est pas occupée, c'est grâce au travail de [son] bataillon ». Le trentenaire, combattant aguerri, dirige l'unité Shkval, composée d'anciens détenus qui ont volontairement rejoint les rangs des forces armées ukrainiennes. C'est elle qui livre en ce moment même combat dans cette école en lisière de la ville. Il y a encore quelques jours, Volodymyr Zelensky déclarait que le front s'était stabilisé dans le secteur.
Oleksii fronce les sourcils. « Ce n'est pas vraiment ce qu'on constate ici, contredit le soldat. Les Russes continuent d'attaquer sans relâche. Leurs soldats sont de la vraie chair à canon. » Est-ce pour cela que la perspective d'un cessez-le-feu conclu dans les prochains mois laisse circonspect Oleksii ? L'officier ne croit pas qu'il sera synonyme de paix. « Céder des territoires pour y parvenir ne va pas arrêter les Russes, explique-t-il. Ils n'ont jamais respecté leurs engagements. »