L’ambulance file sur les routes cabossées, trouant de ses gyrophares la nuit noire du Donbass. Il est 19 heures, et Viktoriia Kaluher vient de s’enquérir de la nouvelle mission qui l’attend, soit se rendre dans un village à une quinzaine de minutes de là où un incendie vient de se déclarer. À l’orée d’un champ apparaît une bicoque crachant une épaisse fumée grise. Sur place, pompiers et policiers sont déjà là. Aucune victime n’est à déplorer. Il s’agit a priori d’un banal accident, « sans lien avec la guerre », précise Viktoriia, qui prévient toutefois que des « objets volent dans le secteur, [et qu’il]vaut mieux rester prudent ». D’ailleurs les phares des véhicules sont éteints.
C’est dans la maison voisine que l’assistance de l’ambulancière paramédicale est sollicitée. Assise dans son salon couvert de tapis, un portrait de la Vierge suspendu au mur, Mariia Ivanovna, 77 ans, affiche un visage ridé et hébété. Voir la maison enflammée l’a profondément angoissée. « Qui n’aurait pas eu peur ? » lance la vieille femme dans sa robe de chambre fleurie qui n’a pas lésiné sur la valériane pour tenter d’apaiser ses nerfs. Viktoriia s’accroupit auprès d’elle, mesure son rythme cardiaque : « 120 battements par minute, une tension artérielle de 260 »… « Oh là », s’inquiète Mariia. « Vous n’avez pas d’allergies ? Je vais vous donner quelque chose contre la tachycardie », lui lance Viktoriia. S’ensuit une brève discussion et, quelques plaisanteries plus tard, voilà que Mariia retrouve le sourire. Avant de refermer la porte derrière elle, elle lance son souhait tout simple, « vivre une belle vie sans la guerre ».