OPINION. « Le pari initial du Kremlin a échoué », par Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères

Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.
LTD/Sébastien Leban

Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.
LTD/Sébastien Leban
Depuis plus de quatre ans, le peuple ukrainien oppose à la guerre d’agression coloniale de Vladimir Poutine une résistance héroïque. Rares étaient ceux qui pariaient dessus en février 2022. Par leur courage, les Ukrainiens ont déjoué tous les pronostics. Le Kremlin pensait renverser le gouvernement de Kiev en quelques jours, soumettre le pays et tracer de nouvelles frontières en Europe.
Aucun de ces objectifs n’a été atteint. L’Ukraine est restée souveraine, elle tient en échec l’armée russe sur la ligne de front, et son économie résiste malgré les bombardements répétés qui visent les civils et les infrastructures essentielles du pays. Quant à la Russie, elle perd chaque mois 35.000 soldats dans la poursuite de cette fuite en avant. L’inflation galope. La croissance a été divisée par trois. Le niveau de pessimisme de la population dépasse désormais les 60 %.
Vladimir Poutine épuise son peuple, fragilise son économie et discrédite la nation russe tout entière, au risque de la faire sortir de l’Histoire. La réalité s’impose à tous : le pari initial du Kremlin a échoué, grâce au courage des Ukrainiens qui n’ont pas cédé, mais également grâce au soutien indéfectible des démocraties qui ont refusé d’abandonner un peuple injustement agressé. Elles ont fait le choix d’agir ensemble pour protéger la souveraineté des États et le droit international.
La France y a pris toute sa part. Dès le début, elle a permis de lever le verrou psychologique qui empêchait les livraisons d’armes à la résistance ukrainienne. Fourniture de missiles, de blindés, de système de défense antiaérienne, appui à la formation, lutte contre la flotte fantôme : elle a joué un rôle moteur pour élargir et consolider le soutien concret et de long terme à l’Ukraine.
C’est tout l’objectif de la coalition des volontaires, qui a vu le jour le 17 février 2025, sous l’impulsion du président de la République et du Premier ministre britannique, et dont l’état-major se trouve en France. Aujourd’hui, elle rassemble plus de trente-cinq États d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie, déterminés à préparer les garanties de sécurité nécessaires à une paix juste et durable en Ukraine, avec le soutien des États-Unis.
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Ces garanties comprennent un soutien militaire à long terme aux forces armées ukrainiennes, ainsi que le déploiement d’une force multinationale dans le pays. Un exercice de planification militaire sans équivalent dans notre histoire récente, qui permettra de préparer le jour d’après. À l’Ukraine, nous disons qu’elle ne sera jamais seule, même lorsque les combats cesseront. À la Russie, que le temps ne jouera pas en sa faveur. Au reste du monde, que les démocraties sont capables de se rassembler lorsque l’essentiel est en jeu.
Ensemble, nous avons franchi un pas de géant. Cette coalition est une étape décisive du réveil stratégique de l’Europe, auquel la France travaille depuis bientôt dix ans. Elle illustre aussi l’ambition et la méthode de la diplomatie française : être à l’initiative pour créer les conditions de l’action collective. Refuser l’inertie et l’attentisme. Rassembler et entraîner à sa suite.
L’histoire européenne nous enseigne que les grandes avancées naissent souvent de l’impulsion de quelques-uns : des esprits volontaires qui ouvrent la voie. Dans un monde qui se brutalise, notre capacité d’initiative est un élément essentiel de notre crédibilité. Être une puissance ne consiste pas seulement à disposer de moyens militaires ou économiques. C’est être capable de proposer, de fédérer et de transformer une conviction politique en action collective.