Les deux pays sont enfermés dans une situation de ni guerre ni paix. Islamabad accuse les talibans de protéger des djihadistes.L’exode a débuté. Depuis vendredi 10 juillet, le Pakistan expulse des milliers d’Afghans privés de visa. Les départs volontaires ont commencé après le 28 juin, quand le ministère de l’Intérieur a lancé un ultimatum aux Afghans en situation irrégulière : partez ou vous serez arrêtés. Depuis trois ans, Islamabad mène une chasse aux réfugiés. Plus de 2 millions ont déjà quitté le territoire. Objectif : punir le régime théocratique de Kaboul pour son soutien au Mouvement des talibans du Pakistan, le TTP.
Cette organisation dispose de bases arrière sur le sol afghan et veut renverser le régime parlementaire pakistanais pour instaurer une théocratie comme celle de Kaboul. Les expulsions surviennent alors qu’Islamabad a déclaré une « guerre ouverte » contre son voisin fin février. Le gouvernement perd patience. Depuis leur retour au pouvoir en 2021, les talibans afghans refusent de réprimer les djihadistes pakistanais. Les deux pays avaient engagé des pourparlers fin 2021, puis le Qatar et la Chine avaient joué les médiateurs.
L’armée pakistanaise avait lancé les premières frappes contre des positions du TTP pour accentuer la pression en 2022. En vain. Les attentats et la répression des forces pakistanaises ont fait 3 400 morts en 2025, un niveau jamais atteint en une décennie. Jusqu’à présent, 2026 a été tout aussi sanglante.
Le conflit s’enlise et la stratégie militaire pakistanaise n’offre aucune issue. Elle repose sur deux piliers : venger ses morts, compter les cadavres ennemis. Le porte-parole de l’armée a lancé un message aux talibans afghans le 18 mars : « Si tel est le prix de la guerre que vous nous imposez, vous allez devoir payer. » Après chaque bombardement, le ministre de l’Information pakistanais, Attaullah Tarar, étale le décompte des tués.