ENTRETIEN – Face au choc sino-américain, Charles Lichfield, directeur adjoint du centre de géoéconomie de l’Atlantic Council, estime que l’Europe est à un moment de vérité.LA TRIBUNE DIMANCHE – Que révèle la bataille sino-américaine pour le canal de Panama ?
CHARLES LICHFIELD – Désormais, tous les points stratégiques, qu’ils soient géographiques, réglementaires ou technologiques, sont de plus en plus instrumentalisés dans une logique géopolitique. Panama en est un exemple, le can al est dans le giron américain depuis longtemps, la Chine s’y est implantée, et Trump reprend désormais la main.
Le port grec du Pirée, en grande partie racheté par des acteurs chinois, illustre-t-il cette nouvelle bataille ?
Oui, le Pirée est même un très bon exemple de la myopie européenne. Le port a été vendu aux Chinois dans une logique comptable, pour aider la Grèce à renflouer ses caisses. Personne n’a réellement anticipé les conséquences d’un contrôle chinois sur une infrastructure stratégique. Si la tension monte, Pékin pourrait couper à distance les grues, et bloquer l’activité du port.
L’Europe est-elle condamnée à choisir entre Pékin et Washington ?
L’Europe s’est largement rangée du côté américain, y compris depuis le retour de Donald Trump. La réalité géopolitique est telle que nous avons besoin des États-Unis pour l’Ukraine, de leur marché pour soutenir notre croissance, et de leur écosystème technologique dans la course à l’IA. Cela ne signifie pas qu’il faille accepter une dépendance durable.
Pourquoi la Chine est devenue une obsession à Washington ?
Parce que toute puissance dominante réagit lorsqu’elle voit émerger un rival capable de la concurrencer. Aujourd’hui, à Washington, une grande partie des experts consacrent plus de la moitié de leur temps à la Chine. Les scénarios autour de Taïwan, les « war games », les innovations technologiques chinoises : tout est analysé à travers ce prisme. Même la guerre en Ukraine.