Philippe Aghion, Prix Nobel d’économie 2025 : « Je crois profondément à l’échec comme matrice »
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Philippe Aghion, Prix Nobel d'économie 2025
LTD/REUTERS/Stephane Mahe
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Philippe Aghion, Prix Nobel d'économie 2025
LTD/REUTERS/Stephane Mahe
Dimanche dernier, Philippe Aghion m’a rejoint au deuxième étage désert du Flore, en pleine révolution Grasset. Vous croyez tout savoir, à tort, sur cet économiste souriant, 69 ans, vu à la télévision. Mince, né en 1956, veste marron chocolat, pantalon anthracite. Lunettes carrées, cheveux abondants à son âge, ce qui est particulièrement énervant. Le sourire de l’intelligence, débit de mitraillette. Il commande un café et commence son récit en se frottant les cuisses pendant cinquante-huit minutes.
Comme un rituel religieux. Il plonge dans l’inattendu pour un Nobel, prof au Collège de France après Harvard : « Je crois profondément à l’échec comme matrice. J’ai raté l’oral de l’agrégation de maths et donc ne suis pas devenu professeur de lycée comme j’en rêvais. Départ pour Harvard, mais je manque la Harvard Society of Fellows, ce qui m’a propulsé au MIT. »
Entre ses 10 et 15 ans, ses parents se sont séparés, et les photos de cette période montrent un garçon peu sûr de lui. En seconde, tout a changé : « Grâce à la rencontre avec un formidable professeur de lettres, Philippe Azoulay, et à mon père qui m’apprend à écrire le français. Cette même année eut lieu le rapprochement avec mon cousin, le cinéaste Gabriel Aghion [Pédale douce, Belle maman]. Gabriel m’a ramené au pays du rire et nous partagions une même passion pour le cinéma. On faisait des films en super-huit ensemble et ensuite j’ai collaboré au scénario de son premier film : La Scarlatine. »
La famille Aghion commence dans la joie comme Alexandrie, Alexandra, de Claude François, tamponnée par le communisme, le surréalisme et la mode : « Mon père voulait faire la révolution sociale en Égypte, ça n’a pas fonctionné. Ma mère voulait révolutionner la mode, ça a cartonné avec Chloé. Au pays de Dior et de Chanel, elle a inventé une légèreté sans précédent venue du soleil et des plages du Moyen-Orient. J’ai une grande admiration pour elle, qui a participé à la libération de la femme avec cette marque typique de la rive gauche. Mon père, marchand de tableaux, était proche de dada et des surréalistes : Tristan Tzara, Louis Aragon, Paul Éluard. Et son meilleur ami était le peintre surréaliste chilien Roberto Matta, qui a influencé tout l’action painting américain, à commencer par Jackson Pollock. »