LA TRIBUNE DIMANCHE — L’Europe suscite de multiples critiques, notamment de la part des chefs d’entreprise. Est-ce ce qui vous a incité à écrire ce livre* ?
THOMAS BUBERL — Le livre est né parce que ce sujet me passionne. Je suis un pur produit de la construction européenne. J’ai grandi en entendant mes parents et grands-parents vanter la garantie de paix offerte par le projet européen. L’assurance, grâce à lui, de ne plus jamais revivre la guerre. Cette idée de pays si longtemps ennemis décidant enfin de s’unir, tout en préservant leur diversité, m’a toujours fasciné. Ce modèle est unique au monde. J’ai aimé, aussi, la liberté de voyager sans passeport ou d’étudier à l’étranger grâce au programme Erasmus.
Aujourd’hui, en parlant avec mes enfants comme avec leurs amis, je constate que cet aspect affectif a disparu. L’Europe multiplie les solutions technocratiques mais ne sait plus créer d’attachement émotionnel. Or l’amour demeure fondamental : sans lui, pas d’actions instinctives. Ni de décisions audacieuses, voire irrationnelles. La technocratie incarne l’exact contraire de cette passion à laquelle on doit entre autres la naissance de l’euro. Un projet fou en soi, devenu néanmoins une réussite majeure car porté par des gens profondément attachés à l’idée européenne. C’est ce supplément d’âme qui fait défaut désormais.