REPORTAGE — Moins d’un an après l’incendie historique dans l’Aude, les viticulteurs pansent encore leurs plaies. Ils s’inquiètent d’un futur sans eau et anticipent un changement de modèle.Sur la route sinueuse qui s’enfonce de Narbonne vers les Corbières patrouille une camionnette jaune. Alors que les températures s’envolent déjà, ce mercredi 17 juin, les bénévoles du comité des feux de forêts traquent fumées et étincelles. En pleine canicule, 35 départements dont l’Aude ont été placés cette semaine en risque élevé d’incendie par Météo-France.
De quoi réveiller de douloureux souvenirs dans les Corbières, ravagées en août dernier par un immense feu qui a durement éprouvé la filière viticole, première économie audoise. « Les flammes sont arrivées comme des avions de chasse », se souvient Laurent Lignère, installé à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, un village de 700 habitants au cœur de la zone sinistrée. En quelques heures, le vigneron a perdu deux chais, un hangar, la totalité de son matériel et a finalement dû arracher 19 hectares de vignes calcinées.
Tout près de là, la cave coopérative du Cellier des Demoiselles a vu 70 hectares partir en fumée. « Ça a été difficile humainement, relate son directeur, Anaël Payrou. Il a fallu absorber la peine des gens, leurs inquiétudes. »
Déficit de pluviométrie
D’une ampleur historique, l’incendie est venu s’ajouter à une baisse continue des volumes produits depuis quatre ans en raison de la sécheresse. « On a récolté en 2025 l’équivalent de 5 % des volumes de 2022 », reprend Laurent Lignère. De l’autre côté de la route, ce qu’il reste de la pinède est encore noir. Certains troncs brûlés ont été coupés. « Ce feu est le symptôme d’un mal plus profond : celui d’un territoire en voie de désertification », analyse Matthieu Dubernet, ingénieur agronome et œnologue à la tête d’un laboratoire à Narbonne.