L’édito éco de Lucie Robequain. Retraites : l’ultime trahison.

Découvrez l'édito de Lucie Robequain.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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L’exécutif avait le choix entre la trahison budgétaire et l’instabilité politique. Il a choisi la trahison budgétaire, et il aura l’instabilité politique. Penser que le décalage de la réforme des retraites assurera l’adoption d’un budget et la longévité d’un gouvernement jusqu’à l’élection présidentielle de 2027 est d’une naïveté confondante. Son espérance de vie ne sera pas plus élevée que celle des précédents.
Tout aussi naïf serait de penser que le décalage de la réforme des retraites ne fait que reporter le débat à 2027. Quand la France « suspend » une réforme, c’est qu’elle y renonce. On se souvient de François Hollande qui avait lui aussi suspendu l’écotaxe poids lourds en 2014, sous la pression des Bonnets rouges. C’est un sacrifice qui avait coûté cher à la France, et montré le peu de courage du président socialiste face à l’urgence climatique.
La trahison est plus grande encore cette fois-ci, car c’est une trahison à soi-même. Trahison d’Élisabeth Borne qui torpille la réforme qu’elle avait elle-même portée quand elle était Première ministre. Trahison du socle commun qui avait fait de la compétitivité française le principal marqueur du quinquennat et abandonne la seule grande réforme structurelle entreprise par Emmanuel Macron. Trahison de certains élus de droite, aussi, prêts à sacrifier leurs valeurs pour sauver leurs circonscriptions.
La gauche, elle, joue sur du velours. Elle a obtenu des victoires majeures ces derniers jours : taxation accrue des plus fortunés, abandon d’une nouvelle réforme de l’assurance chômage, renoncement au 49.3 et fin de la retraite à 64 ans.
Tout cela se fait au nom du peuple. « Il faut savoir écouter », explique Élisabeth Borne. Mais quand Robert Badinter, panthéonisé cette semaine, avait supprimé la peine de mort, il était allé contre la volonté du peuple. Idem quand Charles de Gaulle avait libéré l’Algérie du colonialisme. Les finances publiques requièrent aussi du courage : il n’y aura jamais de majorité dans l’opinion pour approuver la rigueur.
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Sébastien Lecornu avait promis la « rupture ». Le décalage de la réforme des retraites en est une, et certainement la pire qu’il pouvait choisir. Elle agira comme un poison lent : elle coûtera « seulement » 500 millions d’euros l’an prochain, mais des milliards d’euros par an ensuite. Les Français eux-mêmes ne seront pas très exposés à la fureur des marchés : leurs pensions de retraite et leurs livrets sont à taux fixes, ce qui les protège largement de la montée des taux d’intérêt. Leur appauvrissement ne se fera donc sentir qu’à long terme.
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Quant à une possible crise financière, impossible de dire quand elle surviendra. Les banquiers n’étant pas devins, ils répondent par une citation d’Ernest Hemingway : « Comment avez-vous fait faillite ? » demande un personnage. « Doucement d’abord, et puis brusquement », répond son interlocuteur. La confiance en la France ne tient plus qu’à un fil.
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