Fitch dégrade à A+ la France, qui sort du club des dettes « haute qualité »
Ludovic Desautez

L'agence de notation Fitch a prononcé son verdict sur la France.
Reinhard Krause
Ludovic Desautez

L'agence de notation Fitch a prononcé son verdict sur la France.
Reinhard Krause
L'agence Fitch a tranché, et Matignon va devoir composer avec : la note souveraine de la France passe d'AA- à A+. Paris quitte ainsi le club des dettes « haute qualité » pour entrer dans la catégorie « moyenne supérieure », un symbole plus qu'un séisme sur les marchés.
Avec un déficit public attendu à 5,4 % du PIB cette année et une dette à près de 114 %, l'Hexagone affiche des ratios moins favorables que nombre de ses voisins européens. A ces incertitudes entourant la trajectoire budgétaire, s'ajoute le manque de visibilité politique après la chute du gouvernement Bayrou et la nomination express de Sébastien Lecornu à Matignon.
Dans sa note, l'agence Fitch estime que « le ratio de la dette publique de la France continuera d'augmenter en raison de déficits budgétaires primaires persistants. Fitch prévoit que la dette passera de 113,2 % du PIB en 2024 à 121 % en 2027, sans perspective claire de stabilisation par la suite. Cette hausse limite la capacité du pays à répondre à de nouveaux chocs sans dégrader encore ses finances publiques ».
Fitch met en avant, également, le contexte politique du pays. « La défaite du gouvernement lors d'un vote de confiance illustre la fragmentation et la polarisation croissantes de la vie politique, estime l'agence de notation. Cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à mener une consolidation budgétaire importante et rend improbable l'atteinte d'un déficit public de 3 % du PIB d'ici 2029 ».
S'y ajoute, toujours selon Fitch, une structure budgétaire peu favorable à une reprise en main des comptes publics. « La lourde charge fiscale et le poids élevé des dépenses structurelles rendent difficile une consolidation budgétaire durable, souligne l'agence dans sa note. Avec un taux de prélèvements obligatoires de 45,6 % du PIB (contre 40 % en moyenne dans l'UE), la France dispose d'une marge limitée pour augmenter encore les impôts. Elle peine également à réduire ses dépenses sociales, qui s'élèvent à 32 % du PIB contre 26 % en moyenne dans l'UE ».
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Les taux français, déjà plus élevés que ceux de l'Allemagne et brièvement au niveau de l'Italie mardi, ne devraient guère se détendre dans la période qui s'ouvre. Les économistes redoutent un « étranglement progressif » des finances publiques. « Des taux durablement hauts risquent de capter une part significative de la dépense publique, alors même que les besoins sont considérables sur d'autres postes », souligne Anthony Morlet-Lavidalie, de Rexecode.
Le ministre de l'Economie démissionnaire, Eric Lombard, a indiqué sur X « prendre acte » de la décision de Fitch, la disant « motivée par la situation de nos finances publiques et l'incertitude politique, malgré la solidité de l'économie française ».
« Le nouveau Premier ministre, poursuit Eric Lombard dans son message, a d'ores et déjà engagé la consultation des forces politiques représentées au Parlement, en vue d'adopter un budget pour la Nation et de poursuivre les efforts de rétablissement de nos finances publiques ».
Reste désormais, pour la France, à affronter un autre risque : l'effet domino. Fitch pourrait avoir ouvert la voie à Standard & Poor's, dont la revue du 28 novembre sera scrutée de près. Avant cette date butée, Moody's prononcera son propre verdict le 24 octobre prochain. Fitch indique, d'ailleurs, que sa propre notation pourrait encore être revue à la baisse. « Une augmentation durable du ratio dette publique/PIB à moyen terme, due à l'échec de la mise en œuvre de mesures de consolidation budgétaire et/ou à une hausse persistante des coûts de financement, pourrait entraîner une dégradation de la note souveraine », note-t-elle. L'avertissement est bien là.
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Une coïncidence qui en dit long. L'agence S&P Global Ratings a relevé vendredi la note souveraine de l'Espagne de A à A+, saluant la vigueur de l'économie ibérique. Cette décision marque une nouvelle étape du redressement du pays, dont la note avait frôlé la catégorie spéculative au plus fort de la crise du début des années 2010. Depuis 2013, l'Espagne a ainsi regagné cinq crans, passant de BBB- à A+, S&P accompagnant cette amélioration d'une perspective stable. Selon l'agence, les réformes structurelles, la solidité de la demande intérieure et le regain d'investissements expliquent ce dynamisme, avec une croissance attendue de 2,6 % en 2025. Au deuxième trimestre, le PIB a progressé de 0,7 % par rapport au trimestre précédent et de 2,8 % sur un an, soit le double de la moyenne de la zone euro. (avec AFP)
Ludovic Desautez