La chronique de Pauline Delassus. Un combat universel

Retrouvez la chronique de Pauline Delassus.
LTD/DR

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À ceux qui considèrent le féminisme comme l’affaire des femmes uniquement, ou comme une préoccupation de bobos bien-pensants, le témoignage de Lauren Southern sera, on l’espère, précieux. Relatée par la journaliste Hélène Coutard dans la revue XXI, l’histoire de cette trentenaire canadienne, ex-égérie de l’alt-right, l’extrême droite suprémaciste américaine, est la preuve, s’il en est encore besoin, que la défense des droits des femmes doit être un combat universel et transpartisan.
Activiste raciste virulente, autrice de vidéos chocs aux millions de vues pour le compte du site Rebel News, Lauren Southern a usé des mêmes méthodes que Charlie Kirk pour devenir dès 20 ans une figure de la fachosphère. Farouche opposante au mouvement MeToo, elle est une alliée inestimable des masculinistes, une femme antiféministe prête à justifier la domination masculine et à enfoncer les victimes de violences.
Jusqu’au jour où elle-même devient une victime. Car l’ambition et l’autonomie financière d’une jeune femme, certes réactionnaire au dernier degré mais non mariée et sans enfant, sont insupportables pour ses camarades militants, les incels notamment, ces « célibataires involontaires » qui la harcèlent de messages haineux. « Il y a des moments où la réalité entre en collision avec l’idéologie », déclare Southern dans XXI.
Sa « réalité » tourne au drame quand le kickboxeur Andrew Tate, mascu star des réseaux sociaux, l’invite à boire un verre dans sa chambre d’hôtel, pour parler « business ». Après plusieurs gorgées, Lauren Southern dit s’être sentie mal. Elle se souvient que Tate a voulu l’embrasser, qu’elle l’a repoussé, qu’il l’a étranglée au point qu’elle perde connaissance. Elle n’emploie pas les mots d’agression sexuelle ou de viol, ne se résout pas à dire « me too », mais elle confie à ses proches que l’homme, poursuivi par la justice pour des faits similaires, a abusé d’elle. Ce que lui dément.
« Barbie facho », l’un de ses surnoms, ne porte pas plainte et poursuit sa fulgurante ascension, jusqu’à devenir une tradwife – du nom de ce courant d’épouses « traditionnelles » et soumises revendiquées en vogue sur Instagram –, mariée à un ancien militaire censé assurer sa sécurité. Elle explique : « Quand le discours autour des tradwives a commencé à circuler en ligne, j’étais ado. J’y croyais. Je pensais que c’était la vie idéale pour une femme, la seule façon d’être heureuse. Et si le mariage ne marchait pas, c’était que la femme était une dégénérée. »
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Son époux, plus brutal que tradi, la maltraite et l’isole, pour finalement la chasser. L’impensable survient : le divorce. Lauren Southern se sauve et avec elle leur fils, devenant son pire cauchemar, une mère célibataire. « Maintenant, j’ai appris à apprécier ma propre compagnie », confie celle qui, après de longs mois de dépression, a stoppé tout militantisme et renoncé à ses idéaux suprémacistes, vivant quasi recluse dans une région montagneuse du Canada.
Aujourd’hui, le féminisme ne fait pas (encore) partie de ses nouvelles convictions, mais ce dont elle témoigne a tout du manifeste égalitaire. Les désillusions de Lauren Southern, qu’elle raconte dans un livre-confession paru en septembre, suffisent à démontrer que les discours les plus puritains ont le plus souvent pour objectif de contrôler le corps des femmes et de dominer leur volonté.
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Son expérience confirme une évidence, oubliée par nombre d’influenceuses réacs en quête de likes (Thaïs d’Escufon en est un exemple bien de chez nous) : aucune femme ne devrait défendre une idéologie qui lui est à ce point nuisible. Vécu de l’intérieur par l’une de ses plus ferventes soldates, le traditionalisme rétrograde de l’extrême droite apparaît ici comme ce qu’il est vraiment : une vaste hypocrisie.