Plus nombreuses à s'investir dans l'environnement, les femmes accèdent rarement aux postes de décision. Elles se montrent pourtant plus solides et déterminées que leurs collègues masculins, comme l'illustre la jeune garde des activistes du climat.Le 17 novembre 1980, quelques mois après la catastrophe nucléaire de Three Mile Island, des milliers de femmes se rassemblaient devant le centre névralgique du pouvoir militaire américain à l'occasion de la Women's Pentagon Action. Ce fut sans doute la manifestation la plus spectaculaire de l'écoféminisme, mouvement fondé sur le parallèle entre la destruction de la nature et l'oppression exercée envers les femmes. Pendant une dizaine d'années, des centaines d'Américaines féministes, pacifistes, anarchistes et antinucléaires ont ainsi organisé de nombreux blocages de centrales et autres sit-in. Le mouvement a atteint l'Angleterre, où le plus grand camp éco-féministe s'est tenu de 1981 à 2000 à Greenham Common, contre l'installation de missiles nucléaires.
Vingt ans plus tard, non seulement dans la sphère militante mais aussi dans les entreprises ou le champ politique, on constate que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à s'investir dans les sujets environnementaux. La France ne fait pas exception. « Près des deux tiers de nos candidats sont des candidates », témoigne Caroline Renoux, fondatrice de Birdeo, cabinet de recrutement spécialisé en développement durable. « On a du mal à recruter des hommes », reconnaît Élisabeth Laville, fondatrice du cabinet de conseil en développement durable Utopies.
« Une majorité des quelque mille personnes en charge de ces sujets chez Bouygues sont des femmes », renchérit Fabrice Bonnifet, directeur du développement durable du groupe.
Cette surreprésentation féminine reflète en partie l'image de ces thématiques au sein des entreprises. « Directeur du développement durable, ce n'est pas la voie royale pour devenir directeur général », observe Caroline Renoux. Il est d'ailleurs rare qu'un directeur du développement durable fasse partie du Comex. Plus généralement, il dépend de quelqu'un qui, lui, y siège. « Celles qui font ce choix à la sortie de l'école subissent un écart de salaire qui se creuse encore quelques années plus tard », déplore Élisabeth Laville. « On a longtemps considéré que la protection de l'environnement était la plus importante des choses secondaires, alors que c'est la plus essentielle pour le business », regrette Fabrice Bonnifet.