La chronique de Pauline Delassus. Depardieu : la défense prête à tout
Pauline Delassus

Découvrez la nouvelle chronique de Pauline Delassus.
LTD/Cyrille George Jerusalmi
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Il est rare que la police ait à disposition les vidéos d'un crime présumé. Il est encore plus rare que ces images proviennent de caméras installées par le suspect lui-même à son domicile. C'est le cas dans l'affaire qui pourrait conduire Gérard Depardieu devant la cour criminelle de Paris, comme la justice vient de l'ordonner.
Dans le salon de son hôtel particulier, des appareils de surveillance ont filmé, les 7 et 13 août 2018, des viols avec pénétration digitale selon la plaignante Charlotte Arnould ; des relations sexuelles consenties selon l'acteur. Pas de parole contre parole ici, d'ailleurs les vidéos n'ont pas de son. C'est autour de l'interprétation de ces « films » muets que se joue depuis sept ans la défense d'une jeune femme fragile et persévérante, autant que celle d'un géant déchu.
Sept ans d'enquête, d'interrogatoires, de confrontations, sept ans de recours déposés pour tenter tout ce que le droit permet, sept ans de conflit entre deux camps qui s'affrontent par médias interposés. « Sept ans d'enfer », a déclaré Charlotte Arnould, et une « vérité judiciaire » qu'elle espère proche. Mais encore des mois à attendre puisque Gérard Depardieu, présumé innocent, a fait appel de son renvoi et qu'il pourra ensuite former un pourvoi en cassation.
En attendant, tous les coups semblent permis. La rhétorique de l'avocat et des soutiens du mis en cause amène cette question fallacieuse : la victime supposée mérite-t-elle d'être victime ? Est-elle pure, morale, exemplaire ? La réponse est non pour ceux qui considèrent qu'une jeune femme inconnue osant dénoncer un homme puissant est forcément dérangée et/ou animée par un désir de vengeance, illégitime puisque n'étant pas une sainte.
Distiller le doute sur la probité de l'accusatrice était déjà la méthode des défenseurs de Dominique Strauss-Kahn face aux imputations de Nafissatou Diallo. Cette rengaine est en réalité fredonnée depuis la nuit des temps du féminisme. Insupportable, certes. Sans que cela ne doive laisser penser, en retour, que tous les hommes accusés sont coupables.
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Dans son ordonnance de renvoi, la juge Mylène Huguet estime que la comédienne d'alors 22 ans s'est trouvée face à la star de 69 ans en état de contrainte morale et de sidération alors qu'il mettait ses mains dans son short. Comme trois de ses confrères de la cour d'appel et le procureur de la République, elle s'appuie sur la constance des déclarations d'Arnould, qui a porté plainte dès le 27 août 2018, sur sa clarté et sur ses réactions juste après les faits.
Selon eux, à aucun moment Depardieu ne se serait assuré de l'accord de celle dont il connaît les parents, venue lui rendre visite pour lui demander conseil. Est aussi prise en compte la vulnérabilité de Charlotte Arnould, de par son âge et l'anorexie dont elle dit souffrir. Selon Me Jérémie Assous, Charlotte Arnould porte plainte contre son client parce qu'il a refusé de partager la scène avec elle.
Il déclare : « L'examen médico-psychologique de Mme Arnould diagnostique que cette dernière a de gros troubles de la personnalité », « [elle dit] avoir été agressée sexuellement cinq fois avant de rencontrer Gérard Depardieu ».
Et souligne : « Elle lui écrit pour lui dire qu'elle l'aime, [...] qu'elle aimerait être dans ses bras. » L'avocat affirme que les images filmées chez Depardieu la montrent enjouée, « l'embrass[ant] avec la langue ». Autre argument, autre tactique : il fustige la juge qui « a refusé systématiquement toutes les investigations qui [pouvaient] remettre en cause la parole de Charlotte Arnould » et dénonce sa partialité « assumée ». Son job est de défendre, coûte que coûte. Carine Durrieu Diebolt, conseil de Charlotte Arnould, s'exaspère sur RTL : « Il est dans son rôle mais il donne beaucoup de fausses informations. »
« On a eu une multitude de magistrats qui ont tous été dans le même sens parce que dans ce dossier on a des éléments de preuve », martèle celle qui défendait déjà, en avril, l'une des deux victimes d'agressions sexuelles commises par l'acteur sur le tournage des Volets verts.
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À ce premier procès, il a écopé d'une peine de dix-huit mois de prison avec sursis, pour laquelle il a aussi fait appel. L'acteur et son avocat, déjà, usaient alors de considérations sexistes. Non sans conséquence puisque Depardieu, fait inédit, a dû verser 1000 euros aux parties civiles au titre du préjudice lié à leur « victimisation secondaire » en raison de propos tenus lors de l'audience
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