OPINION. « L’eau, source de vie ! L’alimentation aussi ! », par Arnaud Rousseau, Sébastien Windsor et Laurent Poupart

Arnaud Rousseau, président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles.
LTD/Roses Nicolas/ABACA

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Alors que la France pâtit hiver comme été des effets du changement climatique et voit chaque année partout sur son territoire se multiplier les épisodes extrêmes, inondations ou incendies ; alors que chaque été, inlassablement, tournent les mêmes images : terres craquelées, récoltes amputées, éleveurs désespérés… Chaque fois qu’on parle de stocker l’eau qui tombe en excès en hiver et au printemps ou de sécuriser la production agricole en irrigant les cultures, une partie de l’opinion s’agite comme si on proposait de bétonner la France entière.
Posons les choses clairement : sans irrigation, notre agriculture est condamnée à l’errance, à la dépendance, et à la décroissance. La provenance de notre alimentation en serait déléguée à d'autres pays. Pendant que certains rêvent d’une sobriété heureuse, nos cultures, elles, crèvent de soif. Pourtant, ça tombe sous le sens, si l’eau est source de vie, l’alimentation l’est aussi. Il faut sortir de la caricature et nécessairement ramener de la science et de la raison dans nos débats.
L’irrigation n’est pas un caprice d'agriculteurs. C’est une pratique née en même temps que l’agriculture puis développée dans les grandes civilisations depuis la haute Antiquité. C’est depuis devenu une assurance-vie pour notre souveraineté alimentaire. C’est ce qui permet à une tomate de pousser chez nous au mois de juillet. C’est ce qui garantit qu’un éleveur puisse nourrir et abreuver ses bêtes sans trembler face à la sécheresse. C’est ce qui assure la pérennité de nos exploitations et le maintien d’un tissu rural fort sur nos territoires : économie, commerces et emplois compris.
Comment pouvons-nous laisser, face aux conséquences sur bon nombre de nos secteurs économiques dont l’agriculture, perdurer un débat idéologique à ce point déconnecté de la réalité ? Relever les défis de la transition écologique, du changement climatique, de la souveraineté alimentaire, de la relocalisation, du développement des circuits courts… Tout est possible, mais sans eau cela n’est qu’un vœu pieu. On ne nourrit pas un pays avec des intentions. On le nourrit avec des récoltes. Et si l’on veut continuer de récolter, alors il faut avoir la capacité d’irriguer.
Dès lors, il nous faudra nécessairement une politique de l’eau ambitieuse, responsable et assumée. Oui, il faudra des infrastructures. Oui, il faudra des retenues. Et oui, il faudra des prélèvements. Car l’eau, contrairement à ce que certains voudraient faire croire, ne disparaît pas. Elle se gère. Elle se respecte. Elle se partage. Et elle se stocke.
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Pourtant, dans ce débat sur l’idée même de l’irrigation, la question à se poser est simple : quelle alternative avons-nous pour continuer à nourrir demain 70 millions de Français ? Le silence est assourdissant. La France a pourtant le savoir-faire, les agriculteurs et les territoires… et de l’eau en quantité. Ce qu’il lui manque, c’est le courage politique d'affirmer qu’irriguer doit être une priorité nationale. Pas un privilège. Pas une option. Bien une nécessité, vitale.
Il est grand temps de cesser d’opposer de façon stérile écologie et économie. Il est grand temps d’arrêter de donner des leçons, de culpabiliser ceux qui nourrissent le pays et de se cacher le regard. Il est grand temps de choisir notre avenir : voulons-nous une agriculture répondant aux besoins de la France qui soit forte, résiliente et capable de faire face aux défis climatiques ? Ou préférons-nous regarder nos champs se dessécher, nos agriculteurs périr et nos importations croître en applaudissant notre prétendue vertu ?
Les signataires :
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