OPINION. « L’océan ne doit pas être le grand impensé de la présidentielle », par le skipper Fabrice Amedeo

Le triple participant au Vendée Globe Fabrice Amedeo signe cette tribune.
LTD/DR

Le triple participant au Vendée Globe Fabrice Amedeo signe cette tribune.
LTD/DR
Pas de pénurie de kérosène cet été, mais le spectre de files d’attente interminables dans les aéroports
Après chaque consultation médicale, le gouvernement veut afficher la facture de la Sécu par SMS
Stéphane Sitbon-Gomez (France Télévisions) : « Flavie Flament va co-animer le Magazine de la santé la saison prochaine sur France 2 »
L'Irlande fait basculer le PIB de la zone euro dans le rouge
Aux États-Unis, l’épargne s'effondre à des niveaux historiques
Bitcoin : pourquoi la cryptomonnaie a perdu la moitié de sa valeur depuis l'automne
Je traverse les océans depuis des années, je contribue à les mesurer pour la communauté scientifique, je les écoute. Et ce que j’observe m’alarme : la nature est devenue imprévisible. Les masses d’air au large sont de plus en plus instables. Les grains se multiplient. Les eaux se réchauffent.
Il y a quelques années encore, croiser des débris flottants à des milliers de kilomètres de toute côte était exceptionnel. Aujourd’hui, c’est banal, j’en ai vu jusqu’au Cap Horn. À terre, j’ai été élu dans le Morbihan. Et ce que j’observe dans les communes du littoral n’est pas moins préoccupant : des tempêtes hivernales plus fréquentes et plus destructrices, une érosion du trait de côte qui s’accélère, une montée des eaux dont l’échéance ne se compte plus en siècles mais en décennies.
Ce lundi 8 juin, nous célébrons la 17e journée mondiale des océans mais on n’a jamais aussi peu parlé des grands espaces bleus. La campagne présidentielle qui s’ouvre parle de comptes publics, de dette, d’ordre républicain, d’école, de retraites, d’intelligence artificielle. Tous sujets brûlants. Mais pas un mot sur l’océan, alors que c’est lui qui déterminera si les promesses des candidats auront encore un sens dans trente ans.
L’océan capte un tiers de nos émissions de CO₂. Il a déjà absorbé 90 % des excédents de chaleur produits par l’humanité depuis l’ère industrielle. Sans lui, la planète serait déjà inhabitable. Il régule le climat, supporte 90 % du commerce mondial, abrite une biodiversité que nous connaissons à peine : lors du dernier Vendée Globe, j’ai réalisé une campagne d’ADN environnemental qui a révélé que 30% des espèces identifiées étaient inconnues. Nous connaissons parfois mieux la surface de la Lune que certaines zones de nos océans.
L’océan ne doit pas être un sujet sectoriel réservé aux scientifiques, aux pêcheurs ou aux amoureux du large. Il est au cœur de presque toutes les grandes questions stratégiques du XXIᵉ siècle. Il est une question de souveraineté. La France dispose du deuxième espace maritime mondial. Cette immense façade océanique constitue un atout géopolitique exceptionnel à l’heure où les rivalités de puissance se déplacent vers les mers et les grands fonds. Il est une question économique. Plus de 90 % du commerce mondial transite par voie maritime. Les câbles sous-marins transportent l’essentiel de nos données numériques.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Nos ports, nos infrastructures et nos routes maritimes sont devenus des actifs stratégiques qu’il faut protéger. Il est une question énergétique. Les énergies marines renouvelables peuvent contribuer à notre indépendance énergétique et à notre réindustrialisation. Il est une question alimentaire. Une pêche durable, respectueuse des ressources et des hommes, participe à notre souveraineté alimentaire tout en préservant les équilibres des écosystèmes. Il est enfin une question écologique. Sans océan en bonne santé, il n’y aura ni lutte efficace contre le réchauffement climatique, ni protection durable de la biodiversité.
Pendant que nous regardons ailleurs, les grandes puissances ont déjà compris ce qui se joue en mer. Les États-Unis, la Chine ou la Russie investissent massivement dans les infrastructures maritimes, les grands fonds, les technologies navales et la sécurisation de leurs approvisionnements. La mer est redevenue un espace de compétition stratégique.
La France regarde encore trop souvent la mer comme une frontière. Elle devrait la regarder comme une puissance.
L’élection présidentielle à venir est présentée comme l’une des plus importantes de la Vᵉ République mais si elle se joue sans l’océan, elle sera incomplète et historiquement irresponsable. La droite républicaine et le centre ne peuvent pas laisser ce sujet à la gauche par défaut. Sortons l’écologie de l’émotion et de la posture, pour la ramener du côté de la responsabilité et de l’action.
L’écologie mérite d’être portée par des gens qui croient à la souveraineté, à l’industrie, à la puissance nationale. Protéger l’océan, c’est défendre notre espace maritime, accélérer notre réindustrialisation par les énergies marines renouvelables, préserver la pêche artisanale face aux flottes industrielles étrangères, investir dans les biotechnologies marines, sécuriser des infrastructures vitales. Protéger l’océan n’est pas un luxe réservé aux périodes de prospérité. C’est un impératif stratégique.
Le prochain Président de la République devra fixer un cap clair : le XXIᵉ siècle sera maritime. La France possède tous les atouts pour en être l’une des grandes puissances : une géographie unique, des territoires sur tous les océans, des scientifiques de premier plan, une industrie d’excellence et une tradition maritime séculaire. Défendre l’océan, c’est défendre notre climat, notre souveraineté, notre économie et notre avenir. Défendre l’océan, c’est défendre la France.
« C’est parce qu’elle allait à l’essentiel qu’elle a touché autant de monde » : Marjane Satrapi, extinction de voix
Trump n’aime pas ses espions. La chronique de François Clémenceau
Michou : « Si je peux utiliser ma notoriété pour encourager une ambiance plus saine et positive autour du foot, ce sera déjà une victoire »
La chronique de Sophie Iborra. « Je suis Madame Trop »