OPINION. « Réformer le travail, oui. Fragiliser les salariés, non », par Youssef Achour et David Cluzeau

Youssef Achour, président-directeur général d'Upcoop et David Cluzeau, président de SJT.
LTD/DR ET HUGO LEBRUN

Youssef Achour, président-directeur général d'Upcoop et David Cluzeau, président de SJT.
LTD/DR ET HUGO LEBRUN
Alors que ce 1er mai a été l’occasion, pour plusieurs responsables politiques, de présenter leurs propositions sur le travail en vue de la présidentielle, deux dirigeants d’entreprise rappellent que, quelles que soient les réflexions engagées, les droits des salariés ne doivent jamais être relégués au second plan. Ils constituent selon eux un pilier du modèle social et démocratique français, mais aussi un levier de performance économique durable.
Le 1er mai n’est ni un symbole figé ni une nostalgie sociale. C’est une boussole. Cette journée rappelle une évidence trop souvent fragilisée : les droits des salariés ne sont ni des privilèges ni des variables d’ajustement. Ce sont des conquêtes collectives qui bénéficient à la société tout entière.
Congés payés, représentation du personnel, conventions collectives, protection sociale, aides aux travailleurs : rien n’a été « offert ». Tout a été conquis, structuré, négocié et obtenu par le dialogue social. Ces acquis n’ont pas uniquement permis aux salariés de mieux vivre leur travail, ils ont également permis aux entreprises de se développer de manière durable, dans la confiance et la coopération.
Aujourd’hui, face à l’évolution du monde du travail et à un contexte politique, économique et social incertain, nous sommes convaincus, nous dirigeants d’entreprises, que les acquis sociaux sont vivants et qu’ils doivent évoluer, sans toutefois être mis en danger.
Contrairement à une idée reçue, le progrès social n’entrave pas la performance économique, il la soutient. Il assure un équilibre indispensable entre employeurs et salariés et constitue un fondement du pacte sociale et économique.
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Dans un pays où l’économie sociale et solidaire représente près de 10 % du PIB et 14 % de l’emploi privé, cette articulation entre progrès social et performance économique est une réalité concrète.
C’est une réalité de gestion et de pilotage pour les employeurs, qui doivent concilier au quotidien performance, attractivité et qualité de l’emploi.
Les aides consenties aux salariés et travailleurs en sont une illustration concrète. Elles favorisent leur engagement, renforcent l’attractivité des entreprises et soutiennent la consommation dans l’économie réelle et locale. À titre d’exemple, le titre-restaurant est certes, in fine, un dispositif qui améliore le pouvoir d’achat ciblé sur l’alimentation, mais il est, avant tout, un droit à la restauration des travailleurs pendant leur journée de travail.
Oui, les droits sociaux doivent évoluer pour s’adapter à un monde du travail en profonde mutation. Mais adapter n’est pas supprimer. Négocier n’est pas renoncer. Le dialogue social n’est pas un héritage du passé : c’est un outil moderne, indispensable pour construire des réponses collectives et durables.
À l’heure où certaines approches tendent à réduire le travail à un simple facteur de coût, il est essentiel de réaffirmer sa dimension humaine, sociale et démocratique.
Cela suppose des choix concrets pour les employeurs : investir dans les conditions de travail, dans le dialogue social et dans des modèles économiques soutenables.
En tant que dirigeants de l’économie sociale et solidaire, nous en faisons chaque jour l’expérience : notre pacte social est une force. Il permet d’innover, de résister aux crises et de construire des modèles plus justes et plus durables, ancrés dans les territoires et créateurs d’emplois non délocalisables.
Dans nos entreprises, ces équilibres ne sont pas théoriques : ils structurent les décisions au quotidien, au cœur même de la gouvernance.
Le 1er mai nous le rappelle : les droits des salariés ne sont pas un coût à réduire, mais une force à faire vivre, au service d’une économie plus équilibrée et durable.