Jean-Luc Mélenchon et l’éternel angle mort du second tour. La chronique politique de Pierre Lepelletier

La chronique politique de Pierre Lepelletier.
LTD/DR

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« Pour une fois, les étoiles sont alignées », s’est réjoui Jean-Luc Mélenchon devant l’imposante foule de sympathisants Insoumis réunie dimanche à Saint-Denis pour son premier meeting de campagne. Le candidat de LFI n’a jamais été crédité aussi haut, aussi tôt dans les sondages - entre 12 et 16 % - et profite de la cacophonie générale dans le reste de la gauche pour apparaître comme le seul pôle de stabilité. « Nous, c’est carré. Il y a une équipe, un programme, un seul candidat », exposait-il dès l’annonce de sa candidature sur TF1 le 3 mai. Pour la première fois, après trois tentatives élyséennes, il fait partie des rares candidats à pouvoir sérieusement prétendre à une qualification au second tour.
Dans le ciel étoilé des Insoumis stagne pourtant un gros nuage. Tous les sondages attestent que Jean-Luc Mélenchon échouerait avec un écart conséquent face à une candidature du Rassemblement national au second tour. C’est l’éternel angle mort de la stratégie présidentielle de LFI. Les mélenchonistes répliquent que ces enquêtes sont faussées. « Plus vous progressez au premier tour, plus vous êtes en capacité de gagner le second », estime Manuel Bompard, le coordinateur national du mouvement.
Certains redoutent néanmoins que cette prédiction finisse par enrayer la dynamique, au point de dissuader certains électeurs de voter LFI au premier tour. « C’est une tentative de découragement de nos adversaires et des médias », s’agace un député. Dans le reste de la gauche, personne ne se prive d’ailleurs de répéter qu’une qualification de Jean-Luc Mélenchon au second tour reviendrait à donner directement les clés de l’Élysée à l’extrême droite.
« Ceux qui n’ont aucune chance d’accéder au second tour devraient se garder de nous empêcher d’essayer de le gagner », a ainsi dénoncé Jean-Luc Mélenchon depuis Saint-Denis. Pour démontrer qu’ils auraient la capacité de décrocher 50 % des voix, le chef des Insoumis et les siens opèrent en attendant un spectaculaire visage stratégique. Finie la conflictualisation à tout va, le bruit et la fureur, voilà revenu le temps du « lissage », où il ne faut pas faire de vague.
À l’Assemblée, les députés LFI ne se font plus remarquer. Les personnalités les plus clivantes du mouvement ne font plus de coup d’éclat. Sans compter qu’au meeting de Saint-Denis, les Insoumis ont distribué de nombreux drapeaux tricolores, ont entonné la Marseillaise, et ont même diffusé Ma France de Jean Ferrat. « On a toujours varié notre style à des moments différent », reconnaît un stratège mélenchoniste.
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Pour prouver aux hésitants que rien n’est joué, les Insoumis martèlent qu’un second tour entre LFI et le RN provoquerait une situation politique « inédite » en France, qui surmobiliserait les abstentionnistes du premier pour faire barrage à l’extrême droite – même si aucune étude ne le prouve. Autre gage : si Jordan Bardella est le candidat investi par le Rassemblement national, les mélenchonistes promettent que leur chef le « plierait » lors du débat télévisé d’entre-deux-tours.
« Même s’il gagne facilement le débat, ça ne fera pas bouger les électeurs centristes en sa faveur », prédit un sénateur socialiste. « Il aura beau ressortir les oripeaux IIIe République, le côté papy nova, il a trop fait peur aux boomers. Et contrairement à ce qu’il pense, les boomers ne sont pas encore morts et votent encore », s’en félicite un responsable du Rassemblement national.
Jean-Luc Mélenchon mise également sur des ralliements d’autres formations de gauche au cours de la campagne pour confirmer qu’il n’est plus si repoussoir. Le troisième homme de la dernière présidentielle ouvre grand les bras aux écologistes et aux communistes. Le deal : un soutien à la présidentielle contre une promesse de grands ministères couplée d’un joli pactole législatif. Les deux partis ne sont pas engagés sur cette voie pour l’instant, mais les Insoumis espèrent que la poutre travaille en interne. « Vous pouvez avoir votre place dans cette campagne », leur a encore fait savoir Manuel Bompard dimanche.
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