OPINION. « La culture de la réconciliation vaincra l'actuelle mondialisation de l'impuissance », par Valérie Régnier, présidente de Sant'Egidio France

Valérie Régnier est la présidente de Sant'Egidio France.
LTD/Sant'Egidio

Valérie Régnier est la présidente de Sant'Egidio France.
LTD/Sant'Egidio
Les jours de mémoire des attentats du 13 novembre 2015 à Paris que nous venons de vivre, nous ont offert de réfléchir et de resserrer nos liens d’affection et de fraternité autour des victimes du massacre le plus meurtrier commis en France depuis la Seconde Guerre mondiale, dans une émotion intacte pour la mort de 132 personnes au Bataclan, aux terrasses de plusieurs cafés parisiens et au Stade de France et pour la souffrance de centaines de survivants, parmi lesquels une majorité de jeunes gens.
Dix ans après, de nombreuses questions continuent de se poser sur cet événement sidérant, ses causes, ses conséquences et les réponses à y apporter.
« La question du pourquoi reste largement sans réponse », a rappelé Philippe Duperron, président de l’association de victimes 13onze15 et de fait, les nombreux témoignages entendus nous ont replongé dans l’incompréhension et la stupeur, tout en nous rappelant combien les jours qui suivirent les attentats donnèrent lieu à une réponse collective claire, unanime et pleine de signification : celle de l’entraide, de l’appel à la paix et à l’unité, du refus de l’engrenage de la haine.
Comme l’a si justement souligné le Président de la République Emmanuel Macron à l’occasion de la cérémonie d’hommage aux victimes des attentats et l'inauguration du jardin du 13 novembre 2015 au pied de l’église Saint Gervais dans le centre de Paris : « On ne peut pas donner de sens au 13-Novembre. On peut donner un sens au 14 novembre. »
La quête de sens est aujourd’hui au plus haut parmi nos contemporains, désorientés par le déchaînement sans fin des fureurs nihilistes, islamistes ou autres, que nous vivons désormais de manière presque banale et quotidienne, non seulement de la part de groupes terroristes ou d’individus radicalisés mais aussi de plus en plus du fait d’États, y compris démocratiques, s’engageant sur le chemin sans retour du non-droit, des armes et du sang.
Grand est le sentiment d'impuissance devant la saison de la force que nous subissons, où les 13 novembres s’enchaînent sans répit, dans un flot ininterrompu de violences extrêmes, de guerres et de mort se déversant, au propre comme au figuré, sur nos réseaux sociaux. Une situation de « guerre mondiale par morceaux faite de crimes, de massacres et de destructions », telle que l’avait dénoncée le pape François, un an exactement avant les attentats de Paris, le 11 novembre 2014, au cimetière militaire de Redipuglia, à l’occasion du centième anniversaire de la première guerre mondiale.
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La synchronicité des mémoires des 11 et 13-Novembre nous ouvre une fenêtre de sens sur le temps que nous vivons - un déluge de sang avec, selon les époques, ses somnambules ou ses indifférents pour reprendre une autre expression chère au pape François. Elle appelle un réveil des consciences, une conversion du regard.
Entendrons-nous la voix du pape Léon XIV qui s'est récemment élevée, aux côtés des leaders des religions mondiales réunies à Rome à l’occasion de la 39ème rencontre internationale pour la paix organisée par Sant’Egidio ? « Nous ne pouvons accepter que cette période se prolonge, qu'elle façonne la mentalité des peuples, que nous nous habituions à la guerre comme compagne habituelle de l'histoire humaine. Assez ! C'est le cri des pauvres et le cri de la terre. C’en est assez ! Seigneur, écoute notre cri ! » Et le pape de donner une orientation pleine d'espérance : « La culture de la réconciliation vaincra l'actuelle mondialisation de l'impuissance, qui semble nous dire qu'une autre histoire est impossible. »
C'est bien ce que nous laissent entrevoir les jours de mémoire que nous venons de vivre. La réponse aux questions des 13 novembres de notre époque bouleversée grandira comme une culture. Une culture opposant aux paroles et aux gestes de destruction la résistance des paroles et des gestes de la rencontre, du soin, de l’hospitalité, de la réconciliation, de l’amour de la vie. Une culture de l’amitié qui libère ce qu’il y a de bon chez les autres.
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Cette culture existe. Nous l'avons perçue dès le 14 novembre 2015 comme nous la voyons à l'œuvre chaque fois que nous savons « faire vivre face au deuil la mémoire de l’espérance » selon les mots de la maire de Paris Anne Hidalgo. Elle est un humus fertile pour qui sait semer, notamment auprès des jeunes générations. « Le mal est enraciné, mais il n’est pas aussi profond que la bonté, écrivait Paul Ricoeur. » Sans doute n'est-ce pas un hasard si le lieu choisi comme mémorial des attentats du 13-Novembre est celui d'un jardin, entre mairie et église. Un jardin fraîchement planté d'arbres de paix et de justice dans un humus de fraternité universelle appartenant à tous et ne demandant qu'à porter de nouveaux fruits de paix.