Dans les confins du Nord-Est syrien s’étend une plaine aride sur laquelle est posée une mosaïque de tentes blanches et bleues. C’est ici, non loin de la frontière irakienne, qu’est établi le camp de Roj. Depuis 2019, une partie des femmes venues rejoindre le groupe État islamique (EI) en Syrie y sont retenues. Les administrateurs de cette prison à ciel ouvert estiment qu’au milieu des 2147 femmes et enfants étrangers vivent une quinzaine de familles françaises.
Dorothée Maquere, qui ne veut plus être appelée que Khadija, est arrivée à Roj il y a quatre ans. Enveloppée dans son niqab bleu marine, le regard caché par de grosses lunettes noires, cette Française de 45 ans est une des célébrités du camp. Jusqu’en 2019, elle était l’épouse de Jean-Michel Clain, qui, avec son frère Fabien, fut l’un des Français parmi les plus haut placés au sein de Daech. Ils sont notamment connus pour avoir prêté leur voix à la vidéo de revendication des attentats de Paris le 13 novembre 2015.
De son enfance en Normandie, de sa rencontre au collège avec le futur djihadiste, l’ancienne élève en CAP d’esthétique ne veut plus parler. Elle ne souhaite pas davantage s’étendre sur les années vécues sous le « califat », qu’elle a rejoint en 2014. Dit seulement qu’elle ne savait rien de ce qui s’y passait et jure n’avoir jamais porté d’armes. « Je ne veux plus penser au passé, lâche-t-elle. On a tous le droit de changer, non ? » Pas sûr que Dorothée Maquere ait vraiment changé quand on l’entend pester contre les médias qui la dépeindraient comme une femme « radicale ».