Patronat, entre pragmatisme et ligne rouge. L'édito de Bruno Jeudy

Bruno Jeudy se penche sur l'état de l'économie française et prend le poux des grandes entreprises, dans le sillon de l'élection présidentielle 2007.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

Bruno Jeudy se penche sur l'état de l'économie française et prend le poux des grandes entreprises, dans le sillon de l'élection présidentielle 2007.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
L’économie européenne avance en terrain miné. Croissance atone, perspectives brouillées, tensions géopolitiques durables : le décor est planté. En France, à ces vents contraires s’ajoute une instabilité politique dont les entreprises, en particulier les plus petites, paient le prix fort. L’aberrante dissolution de 2024 a laissé des traces. Pour les dirigeants de PME, déjà confrontés à la hausse des coûts, à la complexité réglementaire et à l’incertitude fiscale, le doute est devenu une donnée structurelle.
À l’inverse, les grandes entreprises s’adaptent. Mieux armées, plus internationalisées, elles continuent d’investir hors de nos frontières et parviennent à amortir le choc. Mais ce relatif confort ne les rend pas indifférentes au climat politique intérieur. Bien au contraire. Les sondages favorables à Jordan Bardella et Marine Le Pen agitent désormais les états-majors du CAC 40. D’où cette tentation, assumée par certains, d’ouvrir un dialogue avec le Rassemblement national. Patrick Pouyanné, PDG de TotalÉnergies, a mis des mots dans son entretien à La Tribune Dimanche sur ce qui se murmurait déjà.
Il ne s’agit évidemment pas de convertir La France insoumise aux contraintes de l’économie de marché. Les chances d’une victoire de Jean-Luc Mélenchon en 2027 sont quasi nulles. C’est bien le RN qui est courtisé, au nom du réalisme — d’aucuns diront de l’opportunisme. L’idée est simple : peser sur les choix économiques d’un parti aux portes du pouvoir, l’éloigner de la retraite à 62 ans, tempérer ses réflexes protectionnistes, lui rappeler l’urgence de réduire les déficits et la dépense publique.
La démarche peut sembler pragmatique dans une période marquée par la fin du macronisme et la recomposition du paysage politique. Mais elle fait fi de l’histoire. Longtemps, le MEDEF, sous Laurence Parisot puis Geoffroy Roux de Bézieux, a refusé tout contact avec le RN. Et l’expérience récente incite à la prudence : l’invitation de Jordan Bardella aux universités d’été du MEDEF n’a en rien infléchi la ligne économique du parti, pas plus qu’elle n’a empêché la résurgence d’un ISF rebaptisé IFI.
Charles Péguy nous mettait en garde : « Le triomphe des démagogies est passager mais les ruines sont éternelles. » D’autant que, malgré la cacophonie politique de 2025, l’économie française a tenu. Croissance proche de 1 %, inflation contenue, chômage stable, investissements résilients. Rien d’euphorique, certes, mais un pays qui tient debout grâce à ses entreprises. Les Français ne s’y trompent pas, plaçant leur confiance dans certains chefs d’entreprise, à l’image de Michel-Édouard Leclerc, pour contribuer au redressement.
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Cette reconnaissance oblige. Elle impose aux patrons une responsabilité accrue face aux vendeurs d’illusions de tous bords. Espérer un « effet Meloni », qui a conjugué pragmatisme économique et respect des règles européennes, relève encore du pari. L’essentiel reste ailleurs : dans la capacité des Français à ne pas se laisser abuser en 2027 par des promesses intenables et à choisir la voie de l’effort consenti plutôt que celle d’une austérité imposée. Comme l’écrivait le poète latin Catulle, « la victoire aime l’effort ».