OPINION. « Pourquoi nous votons la censure », par Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l’Assemblée et 24 députés écologistes

Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l'Assemblée.
LTD/Behrouz MEHRI/AFP

Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l'Assemblée.
LTD/Behrouz MEHRI/AFP
La France compte ses morts. Depuis le 24 juin, Santé publique France recense au moins 2 025 décès supplémentaires. Des salariés.es sont mort.es au travail ; des enfants ont été retrouvés sans vie dans des véhicules ; 74 personnes se sont noyées depuis le début des fortes chaleurs. Face à ce bilan, le gouvernement continue de nier sa responsabilité. Il est temps de mettre fin à ce déni.
Le gouvernement savait. Il s’agit de la 27e vague de chaleur que connaît notre pays depuis 2010. Le Giec alerte depuis des décennies sur l’augmentation de la fréquence et de la gravité de ces vagues. Le Conseil d’État a constaté en 2023 l’insuffisance des politiques climatiques françaises. Le Haut Conseil pour le climat a appelé en 2024 à un sursaut collectif, avant d’alerter en mars dernier sur l’absence de crédibilité des moyens alloués pour respecter nos objectifs climatiques. Les conséquences sociales et sanitaires que nous subissons aujourd’hui sont le résultat d’années de renoncements délibérés.
Qu’a fait ce gouvernement, ces dernières années, pour prévenir ces événements et préparer le pays ? Il a coupé les budgets de MaPrimeRénov’ et ralenti les rénovations thermiques. Il a encouragé la destruction d’espaces naturels pour construire des projets inutiles comme l’A69. Il a accéléré l’industrialisation de l’agriculture et le gaspillage de l’eau avec les lois Duplomb et d’orientation agricole, et ouvert la porte à la réintroduction de l’acétamipride lors de l’examen du projet de loi d’urgence agricole au Sénat. Il a abandonné les 100 milliards d’euros qui devaient moderniser notre réseau ferroviaire. Il a taillé dans le fonds vert, le faisant passer de 2,4 milliards d’euros en 2024 à 837 millions en 2026, avant d’annoncer, en pleine vague de chaleur, 162,5 millions de coupes supplémentaires. Il a affaibli Météo-France, l’Ademe, Santé publique France, l’Office français de la biodiversité, ces opérateurs qui agissent chaque jour pour notre adaptation et notre protection. Voilà le bilan.
Et pendant la crise ? Pas de conseil scientifique, comme cela avait été mis en place lors du Covid-19. Pas de mesures exceptionnelles. Pas de protection renforcée des travailleuses et travailleurs. Pas d’adaptation du Code du travail. Pas de fonds d’urgence débloqués. Pas de plan d’investissement massif annoncé. Rien.
Nous ne pouvons nous résoudre à compter nos morts et à laisser nos agents publics se débattre courageusement, avec dévouement, mais seuls face au chaos que ce gouvernement a organisé.
C’est pourquoi le groupe Écologiste et social a déposé une motion de censure. Un gouvernement qui dispose de toutes les informations pour anticiper une crise, qui choisit d’aggraver les vulnérabilités du pays et qui reste inerte au cœur de la catastrophe ne peut continuer de gouverner.
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Loin d’être symbolique, la censure est une exigence de responsabilité. Le prochain gouvernement devra présenter sans délai un projet de loi de finances rectificatif pour lancer les grandes transformations que ce pays attend : rénovation thermique massive des bâtiments, végétalisation et désartificialisation de nos villes, modernisation des réseaux d’eau, d’électricité et de transport, adaptation de notre agriculture, protection de la ressource en eau, droits nouveaux pour les travailleuses et travailleurs exposés à la chaleur.
Le Haut Conseil pour le climat le dit clairement : plus le réchauffement sera important, plus il sera difficile de nous adapter. L’atténuation de l’impact du réchauffement climatique – par une baisse drastique des émissions de gaz à effet de serre – tout comme l’adaptation de notre société sont deux urgences qui doivent être traitées ensemble. Et chaque année perdue se paiera en vies humaines.
1. Cyrielle Chatelain, députée de l'Isère (2e circonscription)
2. Christine Arrighi, députée de la Haute-Garonne (9e circonscription)
3. Clémentine Autain, députée de la Seine-Saint-Denis (11e circonscription)
4. Léa Balage El Mariky, députée de Paris (3e circonscription)
5. Lisa Belluco, députée de la Vienne (1re circonscription)
6. Benoît Biteau, député de la Charente-Maritime (2e circonscription)
7. Arnaud Bonnet, député de Seine-et-Marne (8e circonscription)
8. Alexis Corbière, député de la Seine-Saint-Denis (7e circonscription)
9. Hendrik Davi, député des Bouches-du-Rhône (5e circonscription)
10. Emmanuel Duplessy, député du Loiret (2e circonscription)
11. Charles Fournier, député d'Indre-et-Loire (1re circonscription)
12. Marie-Charlotte Garin, députée du Rhône (3e circonscription)
13. Steevy Gustave, député de l'Essonne (3e circonscription)
14. Julie Laernoes, députée de Loire-Atlantique (4e circonscription)
15. Benjamin Lucas, député des Yvelines (8e circonscription)
16. Julie Ozenne, députée de l'Essonne (9e circonscription)
17. Sébastien Peytavie, député de la Dordogne (4e circonscription)
18. Jean-Claude Raux, député de Loire-Atlantique (6e circonscription)
19. Sandra Regol, députée du Bas-Rhin (1re circonscription)
20. Sandrine Rousseau, députée de Paris (9e circonscription)
21. Sabrina Sebaihi, députée des Hauts-de-Seine (4e circonscription)
22. Danielle Simonnet, députée de Paris (15e circonscription)
23. Boris Tavernier, député du Rhône (2e circonscription)
24. Nicolas Thierry, député de la Gironde (2e circonscription)
25. Dominique Voynet, députée du Doubs (2e circonscription)