ENTRETIEN – La philosophe, qui fait l’éloge de l’hybridation, estime que le débat sur le climat ne doit pas se cantonner aux villes, mais embrasser le développement territorial dans son ensemble.LA TRIBUNE DIMANCHE – Les villes sauveront-elles le climat ? Est-ce juste de poser la problématique ainsi ?
GABRIELLE HALPERN – La question du climat est devenue une urgence, cependant, il ne faudrait pas que cette question conduise à un débat « pour ou contre l’écologie », ni à une réflexion réduite à la dimension urbaine du sujet. Lorsque nous pensons aux territoires, nous sommes trop souvent tentés de penser « villes » – et même « mé
Or, le débat autour du climat, pour les municipales, doit nous conduire à nous poser une question plus large : quel est le développement territorial de demain ? Pas seulement le développement territorial urbain, mais le développement territorial de notre pays dans son ensemble.
Qu'est-ce qui vous a conduit à réunir ces espaces si différents dans un même questionnement sur le territoire ?
Cette nécessité d’élargir la question s’inscrit dans mes travaux de recherche en philosophie sur le concept d’hybridation, dans lesquels j’explore les implications néfastes de notre manière tellement catégorielle de voir le monde : il y a la ville, la campagne, les agriculteurs, les startupers, les jeunes, les seniors… En pensant le monde ainsi, en le découpant en morceaux que nous rangeons dans des cases, nous maltraitons le monde, nous passons à côté de la réalité. Et surtout, nous créons et cultivons des frontières artificielles et absurdes entre les territoires, entre les secteurs, entre les citoyens qui viennent renforcer les fractures dans notre société.
L’étude* que vous avez menée, publiée fin novembre par la Fondation Jean Jaurès, montre ce que l’urbain a à apprendre du rural. Est évoquée, notamment, cette crise de l’urbain que l’on ne saurait voir. Doit-on s’y préparer ?
Je suis partie d’un paradoxe profond : en quelques siècles, la ville semble s’être imposée comme le modèle de développement territorial par excellence, au point d’entraîner une forme de crise des territoires ruraux, comme s’ils étaient surannés, ou inadaptés aux exigences modernes. Cependant, ces dernières années, un certain nombre de facteurs ont fait craquer, à maints endroits, le vernis de l’urbain, au point d’en révéler des failles béantes et grandissantes.