Jusqu’où la candidature de Marine Le Pen rebat-elle les cartes ? Dans chaque état-major, on s’interroge.« Jordan Bardella a déjà gagné. C’est inéluctable. » Le 3 juin, Nicolas Sarkozy est à l’Élysée. L’ancien président de la République est venu participer au dîner d’État organisé en l’honneur du président rwandais, Paul Kagamé. À Brigitte Macron, assise à ses côtés, à nombre d’invités qu’il a, ce soir-là, croisés, il fait part de sa conviction : le patron du Rassemblement national est imbattable…
L’an prochain, Jordan Bardella n’entrera pas à l’Élysée. Il ne sera pas candidat. Mardi, au soir du jugement de la cour d’appel dans l’affaire des assistants européens du FN, Marine Le Pen a annoncé sur le plateau du 20 Heures de TF1 que ce serait elle qui serait à sa place sur la ligne de départ de la compétition de 2027. Dans le ciel de la présidentielle, cela a été un – premier – coup de tonnerre, provoquant stupeur et tremblement dans les états-majors.
En leur sein, les mois précédents, rares étaient ceux à ne pas juger que la députée du Pas-de-Calais serait une adversaire bien plus coriace que le trentenaire si, en définitive, celle-ci était en mesure de concourir. « Elle connaît tous les exercices imposés d’une campagne. Ça va lui servir », notait Valérie Pécresse, qui les avait découverts pour sa part en 2022.
Après avoir ces dernières années tant cherché à dédiaboliser son camp, Marine Le Pen ne pouvait-elle pas être perçue par les Français comme la « mère de la nation » ? Déjà candidate à trois reprises à l’Élysée, alors que l’envie d’alternance était forte, n’y avait-il pas désormais un côté « c’est son tour » qui existait à son profit, comme ce fut le cas pour François Mitterrand ou Jacques Chirac par le passé ?