ENTRETIEN – L’actrice multicésarisée signe avec « Maudites du cul ? » une bande dessinée qui désacralise les rapports sexuels.Elle est l’une des figures de MeToo en France, l’une des plus libres et des plus percutantes. Son témoignage devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les violences dans le cinéma avait bouleversé. Un an après, l’actrice césarisée à deux reprises pour ses rôles dans L’Esquive (2003) et Le Nom des gens (2010) publie, avec la dessinatrice Jeanne Alcala, une bande dessinée dont elle a écrit l’intrigue et les dialogues.
Maudite du cul ? parle avec humour des balbutiements de la vie sexuelle de Sara Forestier alors qu’elle décroche ses premiers rôles, confrontée aux difficultés et aux brutalités que beaucoup d’adolescentes expérimentent. Un récit touchant et comique qui a tout du traité féministe.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Pourquoi choisir la bande dessinée pour raconter votre découverte de la sexualité ?
SARA FORESTIER – L’idée, c’est de raconter des histoires de sexe foireuses et d’en rire. On a besoin de dérision sur un sujet qui est trop souvent abordé sous le prisme de la performance ou des violences. Au départ, je pensais faire une série, mais la BD s’est imposée comme une évidence, parce qu’on peut mieux raconter l’intime et le sensible. On peut faire des dessins acrobatiques. Sara, le personnage, c’est la Pierre Richard du cul, quand elle se coince un tampon dans le vagin, par exemple. Avec le dessin, on peut être cru sans être vulgaire.
Vous exposez les difficultés des débuts de la vie sexuelle des adolescentes.
Je parle du sexe dans ce qu’il a d’incompris et de parasité. La jeune héroïne dit : « C’est comme si le sexe m’esquivait. » Nos vies sexuelles ne sont pas des lignes droites. Il faut slalomer pour éviter les merdes. Les femmes se sentent très vite cibles d’assauts. Chacune a ses stratégies d’évitement.