RÉCIT. Nicolas Sarkozy, le jour d'après

Nicolas Sarkozy dans les couloirs du tribunal après sa condamnation à cinq ans de prison.
LTD/Lafargue Raphael/ABACA

Nicolas Sarkozy dans les couloirs du tribunal après sa condamnation à cinq ans de prison.
LTD/Lafargue Raphael/ABACA
Jeudi, Nicolas Sarkozy et les siens sont tombés de haut. Dans un premier temps, le déroulé de l’audience, où l’ancien chef de l’Etat a été convoqué pour entendre la lecture du jugement sur les soupçons de financement de sa campagne présidentielle de 2007 par la Libye, les a rassurés. L’ancien héraut de la droite est relaxé des délits de corruption, de recel de détournements de fonds publics et de financement illégal de campagne. Si celui d’association de malfaiteurs est toujours retenu contre lui, des pans entiers de l’accusation s’effondrent, car ils sont jugés insuffisamment solides par la cour, et pour l’appel qu’il ne manquerait pas de faire, cela ouvre de nouvelles et encourageantes perspectives. Le pire est passé.
En fait, il est à venir. Quand, près de trois heures après le début de la séance, la présidente de la 32e chambre du tribunal judiciaire de Paris condamne Nicolas Sarkozy à cinq ans de prison avec mandat de dépôt à effet différé et exécution provisoire, le sol se dérobe sous ses pieds, comme sous ceux de son clan.
Sitôt la séance levée, ses avocats, ses collaborateurs, sa famille se regroupent autour de lui. « Il faut que je parle », décide immédiatement l’ancien locataire de l’Elysée. Un quart d’heure après, ses mots claquent dans l’enceinte du Palais de justice et sur les écrans de télévision. « La haine n’a décidément aucune limite. J’assumerai mes responsabilités et s’ils veulent absolument que je dorme en prison, je dormirai en prison. Mais la tête haute, assène-t-il. Je suis innocent. Cette injustice est un scandale. Ceux qui me haïssent à ce point pensent m’humilier. Ce qu’ils humilient aujourd’hui, c’est la France. »
La vérité d’un homme face à celle de la justice. Dès la condamnation prononcée, le débat s’enflamme dans les médias. Les juges sont accusés d’être politisés et de régler leurs comptes avec la classe politique en général et avec un ancien président qui les a malmenés en particulier. La présomption d’innocence est considérée comme remise en cause par le principe de l’exécution provisoire – Marine Le Pen, la première concernée, s’est engouffrée immédiatement dans la brèche…Sur les réseaux sociaux, les figures des Républicains (Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse…), disent leur émotion.
En privé, ils écrivent aussi à Nicolas Sarkozy. Les heures qui suivront son jugement, celui-ci croule sous les messages. Sébastien Lecornu l’appelle pour prendre de ses nouvelles ainsi que de celles de sa famille. Le Premier ministre, qui était allé lui rendre visite Rue de Miromesnil au lendemain de sa nomination, trouve au bout du fil un homme d’une incroyable combativité.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Bruno Retailleau, qui s’est fendu d’un communiqué officiel au nom des Républicains pour redire à quel point l’ex-locataire de l’Elysée « a toujours été un serviteur fidèle de son pays », échange avec lui. Emmanuel Macron aussi le joint, malgré le froid qui s’est installé entre eux depuis le printemps dernier et le retrait de la Légion d’Honneur de Nicolas Sarkozy, qui estime que dans cette affaire son successeur n’a pas joué franc jeu avec lui. François Fillon contactera lui une de ses collaboratrices pour lui témoigner tout son soutien.
Et maintenant que va-t-il se passer ? Le 13 octobre, l’ex-champion de la droite sera convoqué pour connaître la date et le lieu de son incarcération. Ses avocats se sont d’ores-et-déjà mis au travail pour la réduire au maximum, alors qu’ils ont fait appel. Le séjour d’un ancien président de la République en prison n’est pas sans poser également de gigantesques questions pratiques, notamment en termes de sécurité. Aucun dispositif spécifique n’existe aujourd’hui.
Si cet hiver, Nicolas Sarkozy avait dû porter durant trois mois un bracelet électronique après sa condamnation définitive dans l’affaire Bismuth (il a fait appel devant la Cour européenne des droits de l’Homme), c’était d’une tout autre nature. Au final, cette première épreuve s’était même passée plus vite que l’ex-locataire de l’Elysée ne l’avait imaginé. Ne pas pouvoir aller au Cap Nègre était ce qui l’avait le plus contrarié.
En attendant sa future incarcération, qui sera, à coup sûr, un autre moment de sidération, Nicolas Sarkozy va maintenir la plupart de ses activités. La semaine prochaine, il se rendra comme chaque automne à l’hôpital Gustave Roussy à Villejuif pour soutenir la cause des enfants atteints de cancer. Des déplacements en province pour faire la promotion de son dernier ouvrage Le Temps des combats (Fayard), sont de longue date calés. De son côté, son entourage scrute de près l’émotion suscitée chez une partie des Français par la condamnation si spectaculaire d’un ex-président de la République. Des pétitions pour la dénoncer ont été spontanément lancées. Faut-il organiser cette mobilisation ? La question n’est pas tranchée.
À lire également
À 70 ans, Nicolas Sarkozy fait face aujourd’hui à la pire épreuve de sa carrière. Outre la bataille judiciaire qu’il va mener, comme à son habitude, pied à pied, c’est aussi un combat pour sa réputation et sa trace dans l’Histoire qu’il va entreprendre afin que les quatre consonnes et trois voyelles de son nom ne soient pas d’abord résumés à celles d’un ancien chef d’État ayant dormi en prison. Ces derniers mois, ses proches, marqués par le vif succès de sa participation au podcast Legend, mis en ligne en novembre et visionnée depuis près de quatre millions de fois, travaillaient sur deux projets chargés d’entretenir son héritage et son image. Que deviendront-ils ? Avant l’été, l’équipe qui avait réalisé en 2023 la série Tapie diffusée sur Netflix avait également approché son entourage. A son tour, elle aimerait en consacrer une à Nicolas Sarkozy.