Inondations : L’Hexagone face au risque de « crue généralisée »

Les quais inondés de la ville de La Réole, sur la Garonne, vendredi.
LTD/Sebastien ORTOLA/REA

Les quais inondés de la ville de La Réole, sur la Garonne, vendredi.
LTD/Sebastien ORTOLA/REA
« On a dépassé tous nos records » affirmait Lucie Chadourne-Facon, la directrice de Vigicrues, au sujet des crues qui concernent le pays depuis un mois et dont l’apogée semble se produire actuellement avec deux départements toujours en vigilance rouge, la Gironde et le Lot-et-Garonne.
« Aujourd’hui, cela fait trente jours que nous sommes en vigilance orange ou rouge discontinue quelque part sur le territoire national […] c’est 81 départements en vigilance simultanément pour 154 rivières, donc on a dépassé tous nos records depuis vingt ans », détaille Lucie Chadourne-Facon, évoquant désormais une « situation de crue généralisée ».
Depuis le début de cette année 2026, les perturbations se succèdent dans le ciel, entraînant au sol des crues à répétition. « On est actuellement dans une période de tempêtes hivernales, rappelle Gaël Musquet, météorologue et consultant en prévention des risques majeurs. Mais la particularité que l’on a cette année, c’est que les courants jet d’altitude, situés proches des pôles en temps normal, sont, en ce début 2026, beaucoup plus bas qu’à l’habitude. Le problème, c’est que ces courants servent d’autoroute aux dépressions – on parle de rivière atmosphérique – et nous amènent depuis début janvier une succession de lames de pluie. »
Conséquence : sur une très grande partie du territoire, les sols ont atteint leur record absolu d’humidité depuis 1959 et ont ainsi perdu toute capacité d’infiltration. Lorsqu’une goutte de pluie tombe à la surface, elle ne pénètre plus dans les différentes strates du sol et ruisselle directement vers les points les plus bas du relief, au niveau des cours d’eau. Et ce de la Bretagne – où l’on a d’ailleurs enregistré l’équivalent de deux mois de précipitations en quelques jours en cette fin janvier – au Pays basque, mais aussi de l’autre côté de la chaîne pyrénéenne.
Une quinzaine de décès sont à déplorer dans la péninsule Ibérique depuis début janvier en raison des tempêtes Kristin (fin janvier), Leonardo (5 février), Marta (7 février) et Nils, il y a quelques jours, pour des dégâts matériels estimés à 4 milliards d’euros rien que pour le Portugal.
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Cependant, cette rivière atmosphérique ne peut expliquer à elle seule la situation exceptionnelle que nous connaissons aujourd’hui. Il s’agit en réalité d’un phénomène « multifactoriel ».En cette période de l’année, « la végétation est en repos et n’assure donc plus son rôle de pompe des précipitations ; les nappes phréatiques saturent alors plus rapidement et favorisent le débordement des cours d’eau », développe Gaël Musquet.
Autre facteur aggravant : la topographie des territoires concernés. L’altitude moyenne du département du Lot-et-Garonne est de 116 mètres. Un relief bas et peu contrasté, à l’image d’une large zone de la Région Nouvelle-Aquitaine. Dans ce type de bassins plats ou peu pentus, l’eau met plusieurs jours, voire plusieurs semaines, à s’évacuer, ralentissant considérablement la décrue.
« Dans ce scénario de crue, il ne faut pas forcément se focaliser sur les pluies qui vont tomber dans les départements concernés », précise Météo-France. Pour définir l’évolution future de cette situation, il faut remonter à la source du cours d’eau et « voir ce qu’il se passe en amont, sur les sommets », poursuit l’institut météorologique.
Et de poursuivre: « Dès ce dimanche, sur les Pyrénées, avec le redoux et l’arrivée de la pluie, on observera une fonte nivale qui fera gonfler tous les cours d’eau prenant leur source dans les montagnes. » De quoi ralentir, voire stopper, une possible décrue. Et ce alors qu’un nouveau défilé de perturbations est attendu dès ce lundi.
Les prévisions à court terme ne sont guère rassurantes, tout comme celles à plus long terme. Car l’« exceptionnel », terme employé par la directrice de Vigicrues pour qualifier la situation actuelle, « deviendra la norme de demain », selon François Gemenne, membre du Giec
Si le Lot-et-Garonne, et plus généralement une grande partie de la façade ouest du pays, passe ce week-end les pieds dans l’eau, ce sont en réalité 18,5 millions de Français qui sont exposés à un risque d’inondation par débordement des cours d’eau ou par submersion marine.