Exposée aux tempêtes, la Charente-Maritime dresse une cartographie ultra-précise pour réguler l'aménagement

Vue aérienne de la baie d'Yves en Charente-Maritime, avec une précision de cinq centimètres sur l'image de gauche.
Aerodata

Vue aérienne de la baie d'Yves en Charente-Maritime, avec une précision de cinq centimètres sur l'image de gauche.
Aerodata
Il y a la carte postale illuminée par les plages, les îles, les ports, les estuaires et les forêts. Mais au verso, les risques érosion, submersion, inondation et incendie fragilisent l'image idyllique de la Charente-Maritime. L'une des premières destinations touristiques françaises est directement exposée aux intenses bouleversements climatiques. Dernier en date, la tempête Nils qui a déferlé sur la côte atlantique cette semaine, doublée de pluies diluviennes. Le département est placé en vigilance orange crues ce vendredi.
De quoi bien rappeler la présence du risque pour les populations et les aménagements, sur un territoire grignoté par l'urbanisation littorale. Après avoir diffusé une image générée par IA, montrant Fort Boyard en ruines pour alerter sur la préservation du patrimoine, les élus tentent de réagir à la mesure du problème.
« On est le premier département à se doter d'une cartographie aussi précise », appuie Sylcie Marcilly, la présidente (Horizons) du conseil départemental. La collectivité finalise ainsi la constitution d'une image aérienne ultra-précise, de l'ordre de 5 centimètres. Elle couvre l'ensemble de ses quelques 6 800 km², principalement répartis entre littoraux et plaines céréalières et viticoles.
« Il est beaucoup plus facile de voir comment aménager le territoire vu du ciel. Ça aurait été très utile par exemple après Xynthia [la tempête de 2010, ndlr] pour identifier les zones de passage d'eau qui apparaissent lorsqu'on installe des digues », illustre l'élue. L'outil sera accessible en ligne, en open source, d'ici l'été et permettra d'adapter l'aménagement en fonction des risques climatiques mais aussi de la nature des sols et des réseaux existants. Coût de l'opération : 670 000 euros.
« Les modèles numériques nous permettent de dimensionner correctement les ouvrages dans un milieu mouvant. On peut mieux identifier les zones où l'on va pouvoir aménager et au contraire celles où on ne pourra pas », pointe Sébastien Pueyo, responsable du service ingénierie et littoral de la collectivité.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Au-delà des enjeux sur le trait de côte, l'image sera bien utile pour les services de secours lors des épisodes d'incendie. « La cartographie nous révèle précisément les zones d'accès dans le milieu forestier. Elle nous permettra de gagner de précieuses minutes pour intervenir auprès des personnes, des biens et de l'environnement », explique Vincent Schmitt, commandant des sapeurs-pompiers.
La collecte des 80 000 clichés aériens a été réalisée par l'entreprise Aerodata, qui a survolé le département de long en large. Derrière les 30 téraoctets de données livrées se cache aussi un enjeu de souveraineté numérique. « A l'ère des GAFAM, il me paraît important que l’État et les collectivités puissent se doter d'outils de ce type », relève Sylvie Marcilly. La carte sera hébergée sur la Géoplateforme nationale de l'IGN (Institut national de l'information géographique et forestière).
Prochaine étape : une modélisation du département en 3D « pour encore plus adapter les aménagements du littoral à la réalité ». La démarche s'inscrit aussi dans la réalisation d'un jumeau numérique de la France, actuellement instruite par les institutions publiques (IGN, Cerema et l'Inria).
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Ces projections doivent créer une sorte d'électrochoc dans la façon de concevoir l'aménagement du territoire. « Le fait de ne pas pouvoir lutter partout contre les risques naturels est une idée qui commence tout juste à être intégrée », note Sébastien Pueyo.